À l’occasion de la célébration du 44e anniversaire de l’accession de Paul Biya au pouvoir, la présidente de l’Organisation des femmes du RDPC (OFRDPC) de la section Mfoundi 2, Régine Onambélé Zibi, a lancé un appel à l’engagement et à la responsabilisation des femmes dans la vie politique et sociale. Entre leadership féminin, autonomisation économique, lutte contre les violences faites aux femmes et faible représentativité dans les instances décisionnelles, son discours a mis en lumière les défis auxquels les militantes restent confrontées, particulièrement dans l’arrondissement de Yaoundé 2.
Les femmes ne veulent plus seulement être mobilisées pour remplir les tribunes politiques. Elles entendent également participer aux décisions, accéder aux postes de responsabilité et contribuer activement à la construction des politiques publiques. C’est, en substance, le message porté par Régine Onambélé Zibi, présidente de l’OFRDPC de la section Mfoundi 2, lors de la célébration du 44e anniversaire de l’accession de Paul Biya à la magistrature suprême.
Dans une intervention articulée autour de la fidélité politique, de la mobilisation républicaine et de la préparation des prochaines échéances électorales, elle a particulièrement insisté sur la nécessité pour les femmes de sortir de la posture de simples accompagnatrices pour devenir des actrices à part entière de la gouvernance.
« Il ne suffit pas d’être présente lors des meetings, il ne suffit pas de porter les couleurs du parti, il ne suffit pas de chanter, de danser pour exprimer notre fidélité. Nous devons également nous organiser, nous informer, nous préparer, renforcer notre présence sur le terrain », a-t-elle déclaré.
Une prise de position qui pose une question fondamentale : quelle place les femmes occupent-elles réellement dans les espaces de pouvoir et de décision ?

Leadership féminin : sortir de la mobilisation pour accéder aux responsabilités
Pour Régine Onambélé Zibi, les femmes constituent une force essentielle dans le fonctionnement et la pérennité du RDPC. Elle les présente comme les « gardiennes de la maison RDPC », une métaphore qui traduit leur rôle dans la cohésion, la mobilisation et la transmission des valeurs du parti.
Mais cette responsabilité ne doit pas, selon elle, se limiter au travail militant de proximité.
« Cela signifie participer aux décisions. Cela signifie préparer les nouvelles générations de militants. Cela signifie conquérir nos places dans les instances des responsabilités. Cela signifie faire entendre la voix des femmes dans toutes les sphères de la vie politique et sociale », a-t-elle affirmé.
Cet appel renvoie à une problématique majeure de l’égalité de genre au Cameroun : la transformation de la participation féminine en véritable pouvoir d’influence.
En effet, si les femmes sont fortement présentes dans les activités associatives, communautaires et politiques, leur accès aux postes stratégiques demeure un enjeu de représentation et d’équité.
Pour la responsable de l’OFRDPC, les prochaines élections législatives et municipales doivent justement constituer une opportunité pour renforcer cette présence féminine dans les instances de décision.

Représentativité des femmes à Yaoundé 2 : un déficit reconnu au sommet
Lorsqu’elle est interpellée sur le niveau de représentativité des femmes dans les sphères décisionnelles, particulièrement à Yaoundé 2.
Sa réponse a été sans détour :
« C’est vrai qu’au sommet, à Yaoundé 2, nous ne comptons pas assez de femmes valablement représentées. C’est pourquoi j’ai exhorté mes sœurs tout à l’heure à ne pas rester en arrière, de s’engager véritablement pour que notre arrondissement soit représenté aux instances lors des prochaines élections municipales et législatives ».
Cet aveu est important. Il traduit la reconnaissance, par une responsable politique féminine, de l’insuffisance de la représentation des femmes dans les espaces où se prennent les décisions.
Au-delà de l’appartenance politique, cette situation pose la question de l’égalité des chances dans l’accès aux mandats électifs et aux responsabilités publiques.
La participation des femmes ne devrait pas seulement se mesurer à leur nombre dans les réunions et les manifestations. Elle devrait également s’apprécier à leur capacité à influencer les orientations, à participer aux arbitrages et à occuper des fonctions électives et exécutives.
À Yaoundé 2, le prochain rendez-vous électoral pourrait ainsi servir de révélateur de la volonté réelle de promouvoir le leadership féminin au sein des formations politiques.
Autonomisation économique : faire de l’indépendance financière un levier d’émancipation
Autre dimension forte du discours : la situation économique et sociale des femmes.
Régine Onambélé Zibi n’a pas occulté les difficultés auxquelles sont confrontées de nombreuses militantes et, plus largement, les femmes camerounaises.
Elle a notamment évoqué celles qui vivent dans la pauvreté, peinent à développer leurs activités économiques, recherchent un emploi ou assument seules les charges familiales.
S’adressant particulièrement à ces femmes, elle a lancé un message d’encouragement : « Votre engagement compte. Votre voix porte. Votre présence compte. Aucune femme ne doit se sentir inutile dans notre organisation. Aucune militante ne doit se sentir abandonnée ».
Mais au-delà de cet encouragement, son discours a insisté sur la nécessité de renforcer les mécanismes de solidarité et de promotion économique des femmes.
« Nous devons promouvoir la solidarité entre les femmes. Nous devons encourager les initiatives économiques féminines, défendre la dignité des femmes, combattre les violences faites aux femmes, notamment les féminicides, lutter contre la pauvreté et favoriser l’autonomisation économique de nos camarades », a-t-elle déclaré.
Cette orientation rejoint les préoccupations liées à l’autonomisation économique des femmes, considérée comme un levier essentiel de réduction des inégalités de genre.
L’accès aux ressources financières, à la formation professionnelle, aux opportunités entrepreneuriales et aux mécanismes d’accompagnement peut contribuer à renforcer leur indépendance et leur capacité à prendre des décisions concernant leur propre vie.
La présidente de l’OFRDPC résume cette conviction en ces termes : « Une femme autonome est une femme forte, une femme formée est une femme plus capable, une femme soutenue est une femme qui peut contribuer davantage au développement de sa communauté ».
Violences faites aux femmes : les féminicides également évoqués
La lutte contre les violences basées sur le genre constitue un autre point notable de cette intervention.
En évoquant explicitement les féminicides, Régine Onambélé Zibi a inscrit la protection de l’intégrité et de la dignité des femmes parmi les responsabilités qu’elle souhaite voir portées par les militantes.
Cette prise de position est particulièrement importante dans un contexte où les violences faites aux femmes demeurent une préoccupation majeure de santé publique, de protection sociale et de droits humains.
Les violences physiques, psychologiques, sexuelles et économiques ont des conséquences profondes sur la santé, l’autonomie et la participation sociale des victimes.
La lutte contre ces violences nécessite une mobilisation qui dépasse les déclarations de principe : prévention, sensibilisation, protection des victimes, accès à la justice, accompagnement psychosocial et renforcement des mécanismes de prise en charge.
L’appel lancé par la responsable politique ouvre ainsi une piste de réflexion sur le rôle que peuvent jouer les organisations féminines dans la prévention des violences et la promotion d’une culture de respect des droits des femmes.
Femmes et paix : une responsabilité dans les familles et les communautés
Dans son discours, Régine Onambélé Zibi a également présenté les femmes comme des actrices essentielles de la consolidation de la paix et du vivre-ensemble.
« Nous devons donc être les premières ambassadrices de la paix dans nos familles, dans nos quartiers, dans nos marchés, dans nos lieux de travail et dans nos communautés », a-t-elle exhorté.
Elle a appelé les militantes à rejeter les divisions, les discours de haine et la désinformation, notamment sur les réseaux sociaux.
Cette responsabilité communautaire rejoint le rôle déterminant que jouent les femmes dans la médiation sociale, la prévention des conflits et la cohésion familiale.
Toutefois, leur contribution à la paix doit aller de pair avec leur participation aux mécanismes formels de décision et de prévention des conflits.

De la reconnaissance du rôle des femmes à des engagements concrets
L’intervention de Régine Onambélé Zibi dépasse le cadre d’une célébration politique. Elle met en évidence plusieurs enjeux fondamentaux de la condition féminine : représentativité politique, autonomisation économique, lutte contre les violences, solidarité féminine et accès aux responsabilités.
Son constat sur la faible présence des femmes dans les instances décisionnelles de Yaoundé 2 constitue notamment un point de départ pour interroger les pratiques de promotion du leadership féminin au sein des organisations politiques.
À Yaoundé 2 comme ailleurs au Cameroun, les femmes ne demandent pas seulement à être présentes dans la maison politique. Elles veulent aussi contribuer à en définir les orientations et à en exercer les responsabilités.
Judith Ndongo Ngoubè
