Au Cameroun, la transition énergétique ne peut se résumer au remplacement du pétrole et du gaz par le solaire, l’éolien, l’hydraulique ou la biomasse. Pour Alain Bertrand Aboudi Ngono, Directeur Excécutif de CARE For Environment (CFE Cameroon), Expert en Minéraux critiques, elle doit s’inscrire dans une transformation plus large du modèle de développement, fondée sur la participation des communautés, la prise en compte des réalités territoriales et l’implication effective des femmes dans les processus de décision.
Pour Alain Bertrand Aboudi, le premier enjeu consiste à élargir la définition de la transition énergétique. Celle-ci ne doit pas être envisagée uniquement sous l’angle du remplacement des énergies fossiles par des sources renouvelables.
« La transition ne devrait pas seulement se focaliser sur le passage des énergies fossiles vers le renouvelable ».
Le pétrole et le gaz pourraient ainsi céder progressivement la place à différentes sources d’énergies renouvelables, notamment l’hydraulique, le solaire, l’éolien et la biomasse. Mais cette évolution doit, selon lui, être accompagnée par des transformations dans plusieurs secteurs.
L’éducation, les transports, le développement des territoires et la gouvernance doivent notamment être intégrés à la réflexion. La question énergétique devient alors une composante d’une dynamique plus globale de développement.
Les communautés locales au cœur de la transition
Comment le Cameroun peut-il réussir cette transition ? Pour Alain Bertrand Aboudi Ngono, la réponse passe d’abord par l’implication de toutes les parties prenantes.
L’État, les collectivités, les communautés locales et les autres acteurs concernés doivent pouvoir participer au processus. Une attention particulière doit être accordée à la consultation communautaire, afin que les préoccupations exprimées sur le terrain puissent remonter jusqu’aux instances de décision.
« Il faut systématiquement prendre en compte toutes les parties prenantes, en mettant l’accent sur la consultation communautaire », précise-t-il.
Cette approche est également liée aux questions foncières. Le développement de projets énergétiques peut toucher directement les territoires et leurs populations. D’où la nécessité de prendre en compte les réalités locales et de renforcer le dialogue avec les communautés concernées.
La femme, une actrice incontournable
Dans cette transition, la participation des femmes constitue un autre enjeu mis en avant par l’expert.
Les femmes occupent, selon lui, une place particulière dans la chaîne énergétique, notamment en ce qui concerne les usages et la consommation quotidienne de l’énergie. Leurs expériences doivent donc être prises en compte dans l’élaboration des politiques et des projets.
« La femme devrait rentrer systématiquement dans les cadres de consultation, afin qu’elle se fasse entendre au niveau de ses préoccupations au quotidien »
Il ne s’agit donc pas seulement d’associer les femmes aux discussions, mais de leur permettre de faire entendre leurs besoins et leurs propositions dans les espaces où sont définies les orientations de la transition énergétique.
De la consultation à la prise de décision
Pour que cette participation soit effective, plusieurs leviers sont nécessaires. Alain Bertrand Aboudi Ngono cite notamment la formation, la sensibilisation et le renforcement des capacités.
Ces mécanismes doivent permettre aux femmes de mieux comprendre les enjeux énergétiques, mais aussi de participer de manière plus active aux consultations et aux processus de décision.
« Ça passe par la consultation à la base de toutes les parties prenantes, de toutes les couches féminines qui puissent exister, que ce soit en milieu rural comme en milieu urbain ».
L’enjeu est donc de ne laisser de côté aucun territoire ni aucune catégorie de femmes. Les réalités des zones rurales peuvent différer de celles des centres urbains, tout comme les besoins énergétiques des différents ménages et communautés.
Renforcer les capacités pour renforcer la participation
La consultation communautaire ne peut produire des effets durables sans un investissement dans les capacités des populations concernées.
Pour les femmes notamment, le renforcement des capacités doit permettre de passer d’une participation consultative à une participation effective à la prise de décision.
« Il faut mettre un accent aussi sur le renforcement des capacités, sur leur consultation au niveau de la prise de décision elle-même ».
Cette démarche suppose de créer des espaces où les préoccupations exprimées à la base peuvent être prises en compte dans la conception, la mise en œuvre et le suivi des politiques de transition énergétique.
Une transition énergétique pensée à l’échelle des territoires
Au fond, la vision défendue par Alain Bertrand Aboudi Ngono repose sur une idée centrale : la transition énergétique est aussi une transition sociale et territoriale.
Le passage vers les énergies renouvelables doit donc être accompagné d’une réflexion sur l’éducation, les transports, l’accès à l’énergie, les questions foncières, le développement local et la participation citoyenne.
Au Cameroun, la réussite de cette transformation dépendrait ainsi de la capacité à rapprocher les décisions des réalités vécues par les populations. Dans cette perspective, les communautés locales et les femmes ne sont pas seulement des bénéficiaires des politiques énergétiques : elles sont appelées à devenir des actrices de leur conception et de leur mise en œuvre.
Judith Ndongo Ngoubè
