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« La paix s’enseigne ! » : Viviane Nguimeya passe à l’action dans les écoles

Au lendemain de la dédicace de son ouvrage Éducation à la paix et aux droits de l’Homme en milieu scolaire : Guide des méthodes et activités, Viviane Nguimeya a choisi de prolonger la réflexion par l’action. À l’invitation des responsables d’établissements scolaires, l’auteure s’est déployée sur le terrain pour sensibiliser élèves, enseignants et équipes administratives à la prévention des conflits, à la communication non violente et au respect des droits humains. Au cœur de cette démarche : « les 5 minutes de la paix », une initiative qui ambitionne d’installer durablement une culture du dialogue dans les écoles. Pour elle, la conviction est profonde : « La paix ne s’improvise pas, elle s’apprend, se pratique et se construit au quotidien. »

Pour Viviane Nguimeya, la publication d’un ouvrage consacré à l’éducation à la paix ne pouvait se limiter à une cérémonie de présentation. La dédicace de son guide constitue plutôt le point de départ d’un engagement de proximité auprès des communautés éducatives. Il fallait aller à la rencontre des élèves, des enseignants, des chefs d’établissement et des personnels administratifs, premiers acteurs de la mise en pratique des principes défendus dans l’ouvrage.

Son ambition est de faire de l’école un espace où l’apprentissage des savoirs fondamentaux s’accompagne de l’acquisition de compétences relationnelles et citoyennes. Au-delà de la lecture, de l’écriture et du calcul, les enfants doivent apprendre à écouter, à dialoguer, à respecter les différences et à vivre ensemble.

Le guide propose des méthodes et des activités accessibles pour aborder la gestion non violente des conflits, la communication, le respect des droits humains et la responsabilité de chaque membre de la communauté éducative. Mais encore faut-il que ces outils soient effectivement utilisés dans les établissements.

Viviane Nguimeya insiste sur cette nécessité de passer de la théorie à la pratique : « Un guide, aussi pertinent soit-il, ne peut produire des changements que lorsqu’il est approprié par ceux qui doivent le faire vivre ».

C’est tout le sens de ses premières interventions sur le terrain : confronter les recommandations aux réalités scolaires, écouter les préoccupations des acteurs éducatifs et encourager l’appropriation des outils proposés. L’enjeu est de faire de l’éducation à la paix une pratique quotidienne, et non un thème abordé uniquement lors d’une cérémonie ou d’une journée commémorative.

Stevin International : apprendre à désamorcer les conflits par les mots

À Stevin International, plus d’une centaine de jeunes filles ont été sensibilisées à la gestion non violente des conflits et à la communication en situation de désaccord. L’objectif était de leur montrer qu’une divergence d’opinions ne doit pas nécessairement déboucher sur une confrontation, encore moins sur la violence.

Dans les relations entre camarades, les tensions peuvent naître d’une parole blessante, d’un malentendu, d’un sentiment d’injustice ou d’une incompréhension. Mais la manière de réagir peut déterminer l’évolution de la situation. Apprendre à exprimer ses émotions, à écouter l’autre, à prendre du recul avant de répondre et à formuler une demande sans humilier son interlocuteur constitue ainsi un apprentissage essentiel.

Pour l’auteure, les mots ont un pouvoir déterminant dans la prévention des conflits. Ils peuvent blesser, provoquer et aggraver une situation, mais aussi apaiser les tensions et ouvrir la voie à une solution. Elle résume cette approche en une formule qui traduit l’esprit de son guide : « C’est tout le sens de la communication non violente : apprendre à dire ce que l’on pense sans détruire la relation avec l’autre ».

Au-delà de la maîtrise du langage, cette démarche vise à préserver la dignité de chacun. Une élève peut exprimer son désaccord ou faire savoir qu’elle a été blessée sans attaquer personnellement sa camarade. Il s’agit de remplacer l’accusation par l’expression du ressenti et de privilégier le dialogue plutôt que la vengeance.

Viviane Nguimeya tient toutefois à préciser que sensibiliser les jeunes filles à la gestion pacifique des conflits ne signifie pas leur demander de supporter les injustices ou de garder le silence face aux violences. L’éducation à la paix doit également leur permettre de reconnaître les comportements inacceptables, de poser leurs limites, de connaître leurs droits et de demander de l’aide.

Sa position est sans ambiguïté : « La paix n’est pas la soumission. Elle repose sur le respect mutuel, la dignité humaine et la capacité à rechercher des solutions sans recourir à la violence ».

Une vision qui place la protection de la personne au cœur de la construction d’un environnement scolaire apaisé.

Au Collège Polyvalent Islamique de Douala, libérer la parole pour mieux comprendre les tensions

Au Collège Polyvalent Islamique de Douala, les élèves ont pu évoquer sans détour les comportements qui alimentent les conflits entre camarades, mais aussi certaines difficultés dans leurs relations avec les enseignants.

Moqueries, insultes, provocations, humiliations, manque d’écoute ou sentiment d’injustice : les situations évoquées mettent en évidence la diversité des sources de tension dans l’environnement scolaire.

Viviane Nguimeya dit avoir accueilli cette parole avec beaucoup d’attention, convaincue que l’écoute constitue un préalable à toute démarche de prévention. « Lorsqu’un élève ose exprimer ce qu’il vit, ce qu’il ressent ou ce qu’il ne comprend pas dans ses relations avec ses camarades et ses enseignants, il nous donne une occasion de mieux comprendre les tensions qui traversent son environnement scolaire ».

Écouter ne signifie pas pour autant considérer toutes les perceptions comme nécessairement exactes ni remettre systématiquement en cause l’autorité des enseignants. Il s’agit plutôt d’examiner les difficultés avec lucidité, sans jugement précipité, afin de prévenir leur aggravation.

Pour l’auteure, l’école ne peut pas construire durablement la paix en se limitant à sanctionner les comportements problématiques. Elle doit également aider les élèves à comprendre les conséquences de leurs actes, à reconnaître leurs responsabilités, à réparer les torts causés et à apprendre d’autres manières de gérer leurs désaccords.

Cette exigence concerne l’ensemble de la communauté éducative. L’élève doit apprendre à respecter l’enseignant, mais l’enseignant doit également exercer son autorité dans le respect de la dignité de l’élève. Comme le souligne Viviane Nguimeya, « L’autorité éducative n’est pas incompatible avec l’écoute. Au contraire, une autorité juste, cohérente et respectueuse contribue à renforcer la confiance ».

D’où l’importance d’instaurer des espaces où les difficultés peuvent être exprimées et examinées de manière responsable : échanges entre élèves et enseignants, causeries éducatives, activités de groupe, conseils de classe participatifs et dispositifs de médiation adaptés.

La finalité de cette approche est clairement formulée par l’auteure : « Une école de paix n’est pas une école sans désaccords. C’est une école qui apprend à traiter les désaccords sans humiliation, sans violence et sans rupture du dialogue ».

Quatre structures scolaires mobilisées autour des « 5 minutes de la paix »

La sensibilisation à l’éducation à la paix s’est également étendue aux professionnels de l’enseignement. À l’initiative de Dongmo Guy, fondateur de quatre structures scolaires, plus de 150 enseignants ont été réunis autour d’une présentation du guide de Viviane Nguimeya et du concept des « 5 minutes de la paix ».

Cette rencontre a permis de présenter aux enseignants les objectifs de l’ouvrage, ses méthodes et ses activités, avant de leur faire découvrir cette approche préventive destinée à s’intégrer dans le quotidien des établissements scolaires.

Les quatre structures représentées étaient le Complexe Étoiles des Anges, situé au PK 19 ; le Groupe scolaire Léo et les Anges, à la Cité des Palmiers ; le Groupe scolaire bilingue Les Savants, à Dakar ; et le Groupe scolaire bilingue Cristal des Anges, au PK 14.

À travers cette mobilisation, Dongmo Guy a offert un cadre d’échange permettant de sensibiliser un nombre important d’enseignants aux enjeux de l’éducation à la paix. L’objectif est de les encourager à consacrer régulièrement quelques minutes à une histoire, un proverbe, une question ou une discussion portant sur le respect, les droits humains, le dialogue et la résolution pacifique des conflits.

Cette démarche entend faire de la prévention des violences une responsabilité partagée et donner aux enseignants des moyens simples de promouvoir des relations plus respectueuses dans leurs classes. Elle illustre également l’importance de l’engagement des responsables scolaires dans la diffusion des pratiques éducatives favorables à la paix.

Institut Polyvalent Nanfah : prévenir les violences plutôt que subir les conflits

À l’Institut Polyvalent Nanfah, les échanges avec le fondateur et les membres de l’administration ont conforté Viviane Nguimeya dans une conviction : face aux violences qui fragilisent les établissements, la prévention doit faire partie intégrante de la gestion scolaire.

C’est dans cette perspective qu’elle a présenté l’initiative des « 5 minutes de la paix », qui consiste à consacrer quelques instants à une histoire, un proverbe, une question ou un échange autour du respect, des droits humains et de la gestion des conflits.

Pour Viviane Nguimeya, la force de cette initiative tient notamment à sa simplicité et à sa régularité. « Je crois profondément que ces cinq minutes, lorsqu’elles deviennent une habitude, peuvent contribuer à changer les relations au sein de l’école ».

Sans bouleverser les programmes, les enseignants peuvent ainsi introduire de courtes activités éducatives adaptées à l’âge des élèves et aux réalités de leur classe. Une histoire peut servir à discuter du respect ; un proverbe peut ouvrir une réflexion sur la solidarité ; une question peut aider les élèves à comprendre les conséquences d’une parole blessante ou d’un comportement violent.

Toutefois, pour que l’initiative s’inscrive dans la durée, les chefs d’établissement doivent s’approprier le principe et l’intégrer à leur projet éducatif. Les enseignants doivent disposer d’activités simples et pratiques, tandis qu’un suivi régulier doit permettre d’observer les changements de comportement, d’identifier les difficultés et d’ajuster les méthodes.

Les parents, les élèves et les responsables scolaires ont également un rôle à jouer. L’éducation à la paix ne peut reposer sur les seuls enseignants : elle nécessite une volonté collective et une continuité entre les différents espaces de vie de l’enfant.

À travers ces cinq minutes quotidiennes, l’objectif est de contribuer à un climat scolaire plus serein, favorable aussi bien aux relations humaines qu’aux apprentissages.

À Agape, le guide rejoint une aspiration de feu le cardinal Christian Tumi

À Agape, la présentation du projet au chef d’établissement et à sa collaboratrice, la censeure, a suscité un intérêt particulier. Selon Viviane Nguimeya, le guide correspond à une préoccupation exprimée depuis longtemps par feu le cardinal Christian Tumi, qui souhaitait voir les enfants bénéficier d’une éducation davantage fondée sur les valeurs humaines.

D’après le témoignage de l’auteure, le prélat estimait qu’il était essentiel d’agir dès l’enfance pour préparer une génération de futurs responsables attachés à la paix, au respect, à la tolérance et à la solidarité. Il aurait ainsi encouragé la conception de modules d’éducation à la paix destinés aux enfants.

Évoquant cette rencontre, Viviane Nguimeya explique que le chef d’établissement et sa collaboratrice ont été particulièrement touchés par cette correspondance entre le contenu du guide et une demande formulée autrefois par le cardinal. Elle rapporte notamment que son vœu était de « pouvoir éduquer autrement les enfants », estimant que la génération adulte était, à son avis, déjà fortement corrompue.

Cette parole rapportée donne une dimension particulière à l’étape d’Agape. Elle met en lumière l’importance d’une éducation précoce aux valeurs qui permettent de prévenir les comportements violents et de construire des relations fondées sur le respect de la dignité humaine.

Pour Viviane Nguimeya, la démarche engagée dans les établissements s’inscrit précisément dans cette perspective : faire de l’école un lieu où les enfants ne se contentent pas d’acquérir des connaissances, mais apprennent également à vivre ensemble et à assumer leurs responsabilités envers les autres.

La réaction favorable des responsables d’Agape conforte ainsi l’intérêt de poursuivre le travail de sensibilisation et de favoriser l’appropriation du guide par les communautés éducatives.

Former, accompagner et évaluer : les prochaines étapes

Au terme de ces premières rencontres, Viviane Nguimeya entend transformer l’intérêt suscité par ses interventions en actions durables. Pour elle, la suite de l’engagement doit s’articuler autour de trois priorités : « Former, accompagner et évaluer ».

Former les enseignants et les responsables scolaires aux méthodes pratiques de prévention et de gestion non violente des conflits ; accompagner les établissements qui souhaitent intégrer l’éducation à la paix dans leur projet scolaire ; enfin, encourager l’évaluation des pratiques pour identifier les progrès, les difficultés et les ajustements nécessaires.

L’auteure envisage également de former des élèves volontaires à la médiation scolaire. Ces jeunes apprendraient à écouter les différentes parties, à reformuler les propos sans prendre parti, à aider chacun à exprimer ses besoins et à rechercher une solution acceptable pour tous.

L’objectif serait de faire des élèves eux-mêmes des acteurs de prévention et de résolution des différends, dans un cadre défini et avec l’accompagnement d’adultes référents. Cette médiation ne remplacerait évidemment pas l’intervention des responsables compétents lorsque les situations impliquent des violences graves, des abus ou un besoin de protection.

La création ou le renforcement de clubs de paix dans les établissements figure également parmi les pistes envisagées, tout comme la diffusion du guide et le développement de partenariats avec les responsables scolaires, les associations et les professionnels des médias.

À travers Peace Bus Association et son Centre de Ressources pour l’Éducation à la Paix et les Réponses aux Violences Basées sur le Genre, Viviane Nguimeya porte une vision dans laquelle la prévention des violences, le respect des droits humains et l’épanouissement des jeunes sont étroitement liés.

Le défi est désormais de transformer les premières sensibilisations en engagements concrets, réguliers et mesurables, afin que les principes enseignés puissent se traduire dans les comportements et les relations au quotidien.

« Elle s’enseigne » : le plaidoyer pour une école de paix

Au fil de ses interventions, Viviane Nguimeya défend une conviction centrale : la paix doit être enseignée, pratiquée et entretenue au même titre que les autres apprentissages qui préparent les enfants à leur avenir.

Les « 5 minutes de la paix » constituent une illustration concrète de cette ambition. Derrière cette initiative, il y a la volonté d’aider les enfants à mieux communiquer, à maîtriser leurs réactions, à reconnaître les droits d’autrui et à rechercher des solutions pacifiques lorsqu’un désaccord survient.

Pour l’auteure, la construction d’une société plus pacifique commence dès l’école. Il ne suffit pas d’attendre des adultes de demain qu’ils règlent leurs différends autrement : il faut leur donner dès aujourd’hui les outils nécessaires pour y parvenir.

Son message final résume le sens de son engagement : « Nous ne pouvons pas demander aux enfants de construire demain une société pacifique si nous ne leur donnons pas aujourd’hui les moyens d’apprendre la paix ».

Puis elle insiste, comme pour rappeler l’urgence de cette mission éducative : « Et je le redis : elle s’enseigne ».

De la dédicace de son guide aux échanges avec les communautés éducatives, Viviane Nguimeya poursuit ainsi un même objectif : passer des principes aux pratiques, des paroles aux comportements et de la sensibilisation à une véritable culture de paix dans les établissements scolaires.

Judith Ndongo Ngoubè

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