Cancer du sein chez l’homme : Nadia Tetinou brise le silence sur une maladie encore méconnue

Souvent considéré à tort comme une maladie exclusivement féminine, le cancer du sein peut également toucher les hommes. Bien que rare, il représente une réalité médicale qui mérite davantage d’attention, notamment en raison du manque d’information, du risque familial et du diagnostic parfois tardif. Dans cette interview, Nadia Tetinou, gynécologue au Centre Hospitalier African Genesic Health (CH-AGH), revient sur les signes d’alerte, les facteurs de risque, les traitements et l’importance d’une prise en charge spécialisée. Son message est clair : les hommes doivent eux aussi apprendre à reconnaître cette maladie et à consulter sans attendre.

Le cancer du sein reste largement associé à la santé féminine dans l’imaginaire collectif. Pourtant, les hommes peuvent également développer cette maladie. Cette méconnaissance constitue l’un des premiers obstacles à la sensibilisation et à la consultation précoce.

Pour Nadia Tetinou, gynécologue au CH-AGH, il est essentiel de commencer par informer les hommes de cette réalité.

« L’homme doit savoir qu’il peut être affecté par le cancer du sein. Il y a beaucoup d’hommes qui l’ignorent », souligne-t-elle.

Le cancer du sein masculin est rare, puisqu’il représente environ 1 % de l’ensemble des cancers du sein diagnostiqués. Mais sa rareté ne doit pas conduire à négliger les symptômes ni à retarder une consultation.

La maladie apparaît généralement à un âge plus avancé que chez la femme. Selon la spécialiste, l’âge moyen de survenue se situe entre 63 et 71 ans. Cette donnée rappelle l’importance de rester attentif aux changements inhabituels de la poitrine, particulièrement avec l’avancée en âge.

Antécédents familiaux et prédispositions génétiques : des facteurs à surveiller

Les antécédents familiaux constituent un élément important dans l’évaluation du risque de cancer du sein chez l’homme. La présence de cas dans la famille, notamment chez la mère ou la sœur, doit inciter à en parler à un professionnel de santé.

« S’il a sa maman ou sa sœur qui a le cancer du sein, il doit se faire dépister », recommande Nadia Tetinou.

Certaines prédispositions génétiques peuvent également augmenter le risque. La spécialiste évoque notamment les mutations génétiques associées à cette maladie.

Sur le plan médical, les mutations des gènes BRCA2 et BRCA1 sont impliquées dans une partie des cancers du sein masculins, BRCA2 étant particulièrement important dans ce contexte. Un antécédent familial ne signifie toutefois pas qu’un homme développera nécessairement un cancer. Il justifie plutôt une évaluation individuelle du risque et, selon la situation, un conseil génétique.

La vigilance est donc particulièrement importante chez les hommes ayant des proches atteints d’un cancer du sein ou présentant une prédisposition génétique connue.

Une boule près du mamelon : le principal signe d’alerte

Le cancer du sein chez l’homme peut se manifester par une masse inhabituelle dans la poitrine, souvent située derrière ou à proximité du mamelon. Une modification de son aspect peut également attirer l’attention.

Nadia Tetinou décrit notamment l’apparition d’une tuméfaction sous-aréolaire, c’est-à-dire une boule située sous l’aréole, la zone pigmentée qui entoure le mamelon. Une déformation du mamelon ou de l’aréole peut aussi être observée.

Ces signes ne signifient pas systématiquement qu’il s’agit d’un cancer. D’autres affections bénignes peuvent provoquer une masse mammaire chez l’homme. Toutefois, toute boule persistante, modification du mamelon, rétraction de la peau ou écoulement inhabituel, en particulier sanglant, doit conduire à consulter rapidement.

L’enjeu est de ne pas banaliser une anomalie sous prétexte que le cancer du sein est rare chez les hommes.

Contrairement à une idée répandue, il n’est pas nécessaire d’attendre l’apparition d’une douleur pour consulter. Une masse suspecte peut être indolore.

Briser les préjugés pour favoriser une consultation précoce

Au-delà des aspects médicaux, la sensibilisation au cancer du sein masculin doit également combattre les préjugés qui entourent cette maladie. Parce qu’elle est communément associée aux femmes, certains hommes peuvent ne pas reconnaître les signes d’alerte ou hésiter à consulter lorsqu’ils constatent une anomalie au niveau de leur poitrine.

Pourtant, une consultation rapide permet d’engager les examens nécessaires et, si un cancer est confirmé, de mettre en place une prise en charge adaptée.

La vigilance est particulièrement importante chez les hommes présentant des antécédents familiaux ou une prédisposition génétique connue. En revanche, le dépistage systématique de tous les hommes ne présentant aucun symptôme n’est généralement pas recommandé. Les personnes à risque élevé doivent bénéficier de conseils personnalisés auprès d’un professionnel de santé.

L’information, la reconnaissance des symptômes et l’accès à des équipes spécialisées restent ainsi des leviers essentiels pour améliorer le diagnostic et la prise en charge.

Informer aujourd’hui pour mieux protéger demain

L’explication de Nadia Tetinou rappelle une réalité souvent oubliée : le cancer du sein n’est pas exclusivement féminin. Même s’il demeure rare chez l’homme, il nécessite une attention particulière, notamment lorsque des antécédents familiaux ou des signes inhabituels sont présents.

La première étape consiste à mieux faire connaître la maladie. La deuxième est de ne pas banaliser une masse ou une modification du mamelon. La troisième est de consulter un professionnel de santé capable d’organiser les examens nécessaires et, si besoin, d’orienter le patient vers une équipe spécialisée.

Le message essentiel est simple : une boule au niveau du sein chez un homme mérite une évaluation médicale. La rareté de la maladie ne doit jamais devenir une raison de retarder la consultation.

Judith Ndongo Ngoubè

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