Exploitation illégale : Le CED révèle l’ampleur du pillage forestier entre le Cameroun et le Congo

Le Centre pour l’Environnement et le Développement vient de présenter une analyse préoccupante de l’exploitation illégale du bois entre le Cameroun et la République du Congo, lors d’un café-science organisé avec l’association des journalistes et communicateurs scientifiques (Scilife). Cette rencontre, marquée par la participation des experts, a permis de dévoiler les mécanismes, les impacts et les risques d’un trafic transfrontalier qui menace gravement les écosystèmes forestiers en Afrique Centrale. Cas pratique dans le département de la Boumba-et-Ngoko, dans la région de l’Est

Dans sa présentation, le CED met en lumière les nombreuses failles dans la gouvernance forestière qui favorise la circulation clandestine du bois entre le Cameroun et le Congo. L’exploitation se déroule souvent dans des zones reculées, échappe au contrôle officiels et implique des réseaux bien organisés, capables de contourner les législations nationales et internationales. Des essences précieuses sont abattues illégalement puis transportées de nuit, parfois sous couvert de documents frauduleux ou grâce à la complicité d’acteurs locaux corrompus.

« Pour l’enquête de la Boumba-et-Ngoko, nous avons eu, via notre réseau d’informateurs, un ensemble d’alertes et d’indices qui montraient qu’il y’avait un trafic de bois qui se faisait entre le Cameroun et le Congo à travers le fleuve Ngoko, qui sépare les deux pays. Le mode opératoire est simple, le bois est superposé sur le cours d’eau et il est acheminé à travers son débit au Congo. Le coût d’évacuation est faible, les rentabilités sont fortes, parce qu’un bois vendu au Cameroun à 2 500 FCFA est vendu là-bas à 5 500 FCFA pour le cas de l’Ayous, l’Iroko qui est vendu au Cameroun à 5 000 FCFA est vendu 15 000 FCFA au Congo. On a des radeaux qui peuvent être constitués d’à peu près 25 colis, étant donné qu’un colis c’est environ 100 pièces. Lorsqu’on chiffre en terme de coût c’est beaucoup d’argent. C’est un trafic qui était installé et qui se faisait au vu et au su de tous, y compris la population, parfois même les autorités », révèle Achille Wankeu, Analyste forestier, Chargé du projet OTP-OI au CED.     

Achille Djeagou, expert au World Ressources Institute (WRI) renforce ce constat en partageant des données, enquêtes de terrain et analyses techniques. Ils insistent notamment sur les conséquences de ce trafic.

« Il faut intégrer la formation de contrôle en milieu marin dans les écoles parce que parce que les apprenants de l’école des eaux et forêts ne savent pas naviguer sur l’eau. Dire qu’on va planter est une rhétorique. Avec des traditionnalistes, on a expérimenté le reboisement. L’ébène planté par exemple par l’homme, ne produit pas le même son sur la guitare que celui planté par un mode de propagation par l’éléphant, qui a un meilleur son. Donc, le reboisement n’est pas la solution, il faut protéger », signale.  

Pour Scilife, ce café-science constitue une opportunité essentielle d’outiller les professionnels de l’information et de la communication. Mieux comprendre les dynamiques de l’exploitation illégale leur permettra de produire des enquêtes plus rigoureuses, d’alerter l’opinion publique et de pousser des décideurs à agir.

« C’est une recherche très importante qui a été faite sur l’exploitation illégale au niveau des frontières entre le Cameroun et le Congo. Quand on voit l’impact que cela a sur le PIB de notre pays, quand on voit les pertes en termes de milliards par an par le Cameroun, il est question pour les journalistes, sur la base de ces données, de ces informations issues des recherches, de les mettre en lumière non seulement pour le grand public, mais surtout pour les administrations qui pourront, on l’espère, prendre les décisions adéquates », signifie Line Renée Batongue, présidente de l’association.   

Une nécessité est dès lors mise en avant, celle d’une coopération régionale renforcée, dans le sens de l’harmonisation des législations, la surveillance conjointe des frontières, la transparence des chaînes d’approvisionnement, et l’implication accrue des communautés locales, souvent premières victimes du pillage forestier.

L’exploitation illégale du bois n’est pas seulement un enjeu environnemental, elle représente une menace pour la stabilité sociale, l’économie durable et la souveraineté des Etats.

Ce café-science aura permis, une fois de plus, de lever le voile sur le phénomène trop souvent occulté, tout en appelant à une mobilisation urgente et collective pour protéger les forêts du Bassin du Congo.

Judith Ndongo Ngoubè

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