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Bisphénols et phtalates : Des toxiques dans nos usages quotidiens

Présents dans de nombreux objets du quotidien, les bisphénols et les phtalates inquiètent de plus en plus les acteurs environnementaux. Réunis à Yaoundé le 17 Mars 2026, les membres de African Environmental Network (AEN) ont présenté un état des lieux des risques liés à ces substances chimiques au Cameroun. Utilisées dans les emballages plastiques, produits cosmétiques, jouets ou matériaux de construction, elles sont identifiées comme des perturbateurs endocriniens nocifs pour la santé humaine et l’environnement

Les bisphénols et les phtalates se retrouvent dans une large gamme de produits de consommation courante : emballages alimentaires, bouteilles plastiques, contenants ménagers, vernis, parfums, jouets pour enfants ou encore certains matériaux de construction.

Selon African Environmental Network, cette exposition quotidienne représente un risque croissant, notamment pour les femmes enceintes, les enfants et les personnes vulnérables.

« On a l’habitude de voir la matière plastique dans son aspect physique, mais la constitution chimique est souvent ignorée. Les bisphénols et les phtalates sont quasiment présents dans toutes les matières plastiques que nous avons. Les gamelles, les bouteilles plastiques, les seaux de peinture qu’n recycle pour mettre de la nourriture à l’intérieur, etc », explique Paul Lodry Dongmo, Coordonnateur de l’AEN.  

Des effets préoccupants sur la santé et l’environnement

Les perturbateurs endocriniens sont suspectés d’interférer avec le système hormonal, avec des conséquences possibles sur l’infertilité, le développement de l’enfant, le métabolisme ou certaines pathologies chroniques.

« Ces deux substances sont cancérogènes, mutagènes et reprotoxiques. Elles créent aussi des dysfonctionnements neurologiques, principalement chez les enfants. Vous verrez des enfants qui ont de troubles comportementaux, qui sont toujours en hyper activité, des femmes qui ont le cancer du sein, le cancer du col de l’utérus, le cancer de la prostate chez les hommes, entre autres. C’est à cause en partie de ces substances chimiques nocives qu’on retrouve dans la matière plastique », précise Paul Lodry Dongmo.

Au-delà des impacts sanitaires, les composés chimiques contribuent également à la pollution des sols, de l’eau et des chaînes alimentaires.

Un état des lieux construit à partir de données extérieures

L’atelier du 17 Mars 2026 a mis en évidence l’absence de données nationales consolidées sur la présence et la circulation de ces substances au Cameroun ;

Pour établir cet état des lieux, African Environmental Network s’est appuyé sur des données disponibles à travers World Trade Organization (Organisation Mondiale du Commerce), faute de statistiques locales actualisées.

« Nous avons travaillé principalement dans les villes de Yaoundé et Kribi, mais beaucoup plus sur la base des données de l’Organisation Mondiale du Commerce, une plateforme qui donne accès aux importations et aux exportations de toutes les substances commercialisées au niveau international, selon les pays d’accueil et les pays de provenance. Nous avons aussi travaillé avec des résultats d’analyses de laboratoires, qui ont échantillonné le sang et les urines de certains enfants et de certains adultes. Ce qui a permis de détecter la présence des bisphénols et des phtalates. Nous avons aussi étudié des résultats d’analyses des laboratoires des bouteilles plastiques, des contenants alimentaires et non alimentaires utilisés par les ménages au quotidien, ce qui a permis de détecter une migration des phtalates et des bisphénols dans certaines conditions telles qu’un PH acide et basique, également une température supérieure à 60° », révèle le Coordonnateur d’AEN.  

Plaidoyer pour une meilleure réglementation

Face à cette situation, l’organisation appelle à renforcer la sensibilisation des consommateurs, à encourager des alternatives plus sûres et à engager une réflexion sur l’encadrement réglementaire des produits concernés.

« La situation est inquiétante au Cameroun. Avec les résultats que nous avons obtenus, nous avons constaté l’absence de données sur ces deux substances. Mais les analyses de laboratoires révèlent leur quasi présence au quotidien. C’est un danger invisible et on ne peut pas lutter avec ce qu’on ne maîtrise pas. Ces résultats nous donnent raison sur la prolifération des cancers que nous observons aujourd’hui, et des troubles comportementaux. La situation est vraiment alarmante », signale Paul Lodry Dongmo.

L’enjeu, selon AEN, est de protéger les populations tout en intégrant la question des perturbateurs endocriniens dans les priorités de santé publique et de gouvernance environnementale.

Judith Ndongo Ngoubè

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