Au Cameroun, l’inclusion professionnelle des personnes déficientes visuelles s’impose de plus en plus comme un enjeu de développement et de respect des droits humains. A travers un plaidoyer actif, le Club des Jeunes Aveugles Réhabilités du Cameroun s’aligne aux idéaux de la Commission des Droits de l’Homme du Cameroun, appelant à un recrutement inclusif comme moteur de croissance économique et de cohésion sociale
Le Club des Jeunes Aveugles Réhabilités du Cameroun inscrit son action dans une approche fondée sur les droits humains, rejoignant ainsi la vision de la Commission des Droits de l’Homme du Cameroun. Les deux institutions soulignent que l’accès à l’emploi pour les personnes déficientes visuelles n’est pas une faveur, mais un droit fondamental garanti par les textes nationaux et internationaux ratifiés par le Cameroun.
Ce plaidoyer vise à rappeler aux décideurs publics et aux employeurs leur responsabilité dans la promotion de l’égalité des chances et de la non-discrimination.
« Nous souhaitons que lorsqu’on lance les concours, qu’il n’y ait pas de discrimination, mais que des dispositions soient prises pour que les concours soient accessibles. Quand on lance les concours de la fonction publique, si une personne déficiente visuelle doit participer, il faut qu’elle puisse disposer d’un équipement qui lui permette de compétir au même niveau que les autres, sinon cette personne est immédiatement exclue », relève COCO Bertin, Directeur Général du CJARC.
Le représentant de la Commission des Droits de l’Homme du Cameroun ajoute :
« Le président de notre institution, le Pr James Mouangue Kobila a envoyé des correspondances rédigées sous forme de plaidoyer à pratiquement toutes les administrations publiques, leur demandant d’intégrer les personnes en situation de handicap dans leurs plans de recrutement. Et nous pouvons affirmer que les réponses sous forme d’accusé de réception qui nous reviennent sont assez satisfaisantes, elles nous montrent que des initiatives sont déjà prises dans ce sens et la CDHC, à son niveau prêche par l’exemple. Deux recrutements de personnes en situation de handicap ont été faits chez nous entre 2023 et 2024, et le président s’est engagé à effectuer le recrutement d’au moins une personne en situation de handicap chaque année. Le prochain cadre qui sera recruté est un sourd-muet et le président de l’organisation qui les encadre ici à Yaoundé, a déjà été saisi, des dossiers ont déjà été déposés à la commission, c’est en cours d’étude », révèle Carlos Fokem.
Briser les barrières à l’emploi pour libérer le potentiel humain
Malgré les compétences et les formations acquises, les personnes déficientes visuelles restent confrontées à de nombreux obstacles, notamment les préjugés, l’inaccessibilité des environnements de travail et le manque d’opportunités professionnelles. Le CJARC plaide pour la levée de ces barrières, estimant que le handicap visuel ne constitue en rien un frein à la performance. Selon l’organisation, intégrer ces citoyens dans la vie active permet de valoriser un capital humain souvent sous-exploité.
Le recrutement des personnes déficientes visuelles contribue directement au développement économique du pays. En favorisant leur insertion professionnelle, le Cameroun renforce sa productivité, réduit les inégalités sociales et limite la dépendance à l’assistance. Les entreprises inclusives bénéficient quant à elles, d’une main-d’œuvre engagée et diversifiée, capable de stimuler l’innovation. Cette dynamique inclusive s’inscrit pleinement dans les objectifs de développement durable et les stratégies nationales de croissance.
Formation, innovation et responsabilité collective
Le plaidoyer met en lumière l’importance de la formation professionnelle adaptée et de l’accès aux technologies d’assistance, indispensables à l’employabilité des personnes déficientes visuelles.
« Nous pensons aussi que lorsqu’on perle d’inclusion, cette inclusion doit être une réalité dans toutes les administrations, c’est-à-dire que des postes de travail devraient être aménagés en fonction du type de handicap. Si une personne est sur fauteuil roulant, qu’on lui aménage un bureau au rez-de-chaussée, si une personne est déficiente visuelle, qu’on lui aménage un poste de travail qui lui permet d’utiliser les outils technologiques que nous connaissons aujourd’hui. Un ordinateur adapté ou le braille pour travailler et être aussi rentable que toutes les autres personnes », précise COCO Bertin.

Le CJARC et la CDHC appellent ainsi à une mobilisation collective de l’Etat, du secteur privé, des collectivités territoriales et de la société civile pour bâtir un Cameroun plus inclusif, respectueux des droits humains et résolument tourné vers un développement durable.
Judith Ndongo Ngoubè
