Face aux violences qui peuvent surgir en milieu scolaire, l’éducation à la paix et aux droits de l’Homme apparaît comme un levier de prévention et de cohésion. Dans son guide « L’éducation à la paix et aux droits de l’Homme en milieu scolaire », Viviane Clémence Nguimeya Demefack, activiste pour le développement du leadership féminin et de l’amélioration de la condition de la femme en Afrique, propose aux enseignants, aux élèves et aux familles des outils simples pour développer le dialogue, la responsabilité et la gestion pacifique des conflits. Un projet conçu dès 2005 et que l’auteure a finalement choisi de rendre public après un drame survenu en 2019 dans un établissement scolaire de Douala.
L’histoire de ce guide commence en 2005, à la suite d’une résidence de quatre mois effectuée par Viviane Clémence Nguimeya Demefack au Centre international d’éducation à la tolérance à New York, aux États-Unis.
À son retour, l’enseignante rédige un premier guide consacré à l’éducation à la paix et aux droits de l’Homme en milieu scolaire. Son ambition est alors de partager cet outil avec ses collègues afin de susciter la création de Peace Clubs dans différents établissements.
« Mon objectif était simple : le diffuser auprès de mes collègues enseignants d’autres établissements scolaires afin qu’ensemble nous puissions créer des Peace Clubs dans nos divers espaces de travail », explique la fondatrice de l’association Peace Bus.
L’initiative ne rencontre toutefois pas immédiatement l’adhésion espérée. L’auteure décide alors de poursuivre seule l’expérience en animant son propre club. Celui-ci est parrainé en 2006 par feu Son Éminence le cardinal Tumi, au Lycée d’Oyack de Douala. L’objectif est notamment d’aider les jeunes à acquérir des méthodes de gestion pacifique des conflits.
Le drame de 2019 comme déclencheur
Si le guide existe depuis près de deux décennies, sa mise à la disposition du grand public est liée à un événement particulièrement douloureux.
Le 29 mars 2019, Tsanou Blériot Rosmann, élève en classe de seconde, est mortellement poignardé au sein du Lycée bilingue de Deido, à Douala. Selon les éléments rapportés à l’époque, des adolescents non-inscrits dans l’établissement y étaient venus pour commettre un vol.
Pour Viviane Clémence Nguimeya Demefack, ce drame constitue un tournant.
« J’ai pris ce jour-là l’engagement de changer un jour, par la grâce de Dieu, le visage scolaire », confie-t-elle.
La transformation envisagée devait notamment passer par la publication du guide élaboré quatorze ans auparavant.
La concrétisation du projet prendra cependant encore du temps, notamment en raison de difficultés liées à la publication des deux versions de l’ouvrage. Une étape que l’auteure affirme aujourd’hui avoir pu franchir.

« Les cinq minutes de la paix » pour installer le dialogue en classe
Comment transformer les principes de paix en pratiques quotidiennes dans les établissements scolaires ? L’auteure mise notamment sur une démarche volontairement simple : les cinq minutes de la paix.
Le principe consiste, avant le début des enseignements, à consacrer quelques minutes à une valeur ou à une notion liée à la vie collective. Respect, tolérance, solidarité, écoute ou responsabilité peuvent ainsi devenir le point de départ d’un bref échange avec les élèves.
Les activités proposées s’appuient notamment sur les proverbes africains, les droits et les responsabilités des enfants.
Pour l’auteure, cette « situation-classe » constitue un moment privilégié : elle permet d’introduire régulièrement la réflexion sur les comportements, les relations avec les autres et la gestion des désaccords, sans nécessairement créer une nouvelle matière scolaire.
L’enjeu est précisément de faire de l’éducation à la paix une pratique quotidienne.

Les Peace Clubs, des laboratoires de médiation scolaire
Autre dispositif central du guide : les Peace Clubs. Ces espaces peuvent notamment servir à former des médiateurs scolaires, capables de contribuer à la prévention et à la résolution pacifique de certaines situations conflictuelles.
Ils offrent également un cadre pour des activités variées : débats, contes africains, théâtre, peinture, activités collaboratives et communication non violente.
Cette approche cherche ainsi à donner aux élèves une place active dans la construction d’un environnement scolaire plus apaisé.
L’ambition dépasse donc la simple transmission de connaissances.
« L’idée essentielle est que l’éducation à la paix ne soit pas une matière isolée, mais qu’elle puisse progressivement devenir une culture, un projet de l’établissement », souligne Viviane Clémence Nguimeya Demefack.
Le guide comporte d’ailleurs un texte annexe destiné aux enseignants, avec des consignes d’utilisation pour faciliter son appropriation et sa mise en œuvre.
De l’école à la famille : construire les règles ensemble
Pour l’auteure, l’éducation à la paix ne peut cependant pas s’arrêter aux portes de l’établissement scolaire. Le guide propose également une activité collaborative à mener en famille.
Cette activité peut être répétée et évaluée en fonction des besoins de chaque famille. Elle vise notamment à créer des occasions d’échange entre parents et enfants et à permettre aux membres de la cellule familiale de définir ensemble les règles qui doivent encadrer son fonctionnement.
La démarche entend ainsi renforcer la proximité, la cohésion et l’unité familiales.
Cette articulation entre école, famille et communauté éducative constitue l’un des fondements de l’approche défendue par l’auteure : prévenir les violences passe aussi par l’apprentissage quotidien du respect de l’autre, de l’écoute et de la responsabilité.

Faire de la paix une culture scolaire
Près de vingt ans après sa rédaction initiale, le guide de Viviane Clémence Nguimeya Demefack porte donc une ambition qui dépasse la seule publication d’un ouvrage pédagogique.
À travers les cinq minutes de la paix, les Peace Clubs, la médiation scolaire, les activités artistiques et collaboratives ou encore les exercices à réaliser en famille, l’auteure propose une démarche visant à inscrire l’éducation à la paix et aux droits de l’Homme dans les pratiques ordinaires de la communauté éducative.
Son message tient en une idée : pour prévenir les violences, il ne suffit pas d’intervenir lorsque le conflit éclate. Il faut aussi apprendre, en amont, à dialoguer, à écouter, à respecter les droits et à assumer ses responsabilités.
L’école peut alors devenir non seulement un lieu de transmission des savoirs, mais aussi un espace où les jeunes apprennent concrètement à vivre ensemble.
Judith Ndongo Ngoubè
