Diaspora camerounaise : Samuel Ervé Mandeng plaide pour un nouveau pacte entre la nation et ses talents du monde

A l’occasion de la 2è édition des Journées de la Diaspora camerounaise 2026, organisée au ministère des Relations Extérieures le 16 Juin, Samuel Ervé Mandeng, président fondateur du Mouvement Give Back to Mama a livré une réflexion ambitieuse sur l’avenir des relations entre le Cameroun et ses ressortissants établis à l’étranger. Au cœur de son plaidoyer : transformer l’ « immigration de survie » en une « immigration de profit », au bénéfice des migrants comme du développement national

Pour Samuel Ervé Mandeng, le premier défi est d’ordre culturel et politique. Selon lui, la Diaspora ne doit plus être perçue uniquement comme une source de transferts financiers, mais comme un partenaire stratégique au développement.

« Trop longtemps, nous avons regardé nos compatriotes de l’étranger comme des vaches o lait, des pompes à finances que l’on traite en marne lorsque les caisses de l’Etat sont vides. Cette perception est non seulement indigne, mais elle est surtout contre-productive. La Diaspora camerounaise n’est pas un fardeau, elle est un cadeau », souligne-t-il.

Le président fondateur du Mouvement Give Back to Mama estime que le Cameroun doit construire une relation fondée sur la confiance, la reconnaissance et la valorisation des compétences acquises à l’étranger.

De l’immigration de survie à l’immigration de profit

Dans son exposé, Samuel Ervé Mandeng a appelé à la mise en place d’une véritable stratégie nationale d’immigration, destinée à mieux encadrer les départs et à protéger les candidats à l’expatriation.

Parmi les mesures proposées figurent un encadrement renforcé des agences d’immigration ainsi qu’un programme de formation civique et patriotique destiné aux futurs migrants, afin qu’ils demeurent des ambassadeurs du Cameroun à l’étranger.

« Nous ne pouvons plus laisser des agences privées sans scrupule exploiter la détresse de nos concitoyens. Il est urgent d’encadrer et de réguler strictement l’activité des agences d’immigration. Chaque camerounais qui quitte le territoire doit le faire en connaissance de cause, protégé par un cadre légal qui le sécurise. Mais au-delà de la régulation, nous devons instaurer un réarmement moral, civique et patriotique obligatoire pour tout citoyen en instance d’immigration. Avant de partir, chaque migrant doit comprendre qu’il reste un ambassadeur de la nation, qu’il porte une responsabilité envers sa patrie et que son succès à l’étranger n’est pas une fin en soi, mais un levier pour le Cameroun », martèle-t-il.

Une diplomatie de proximité pour mobiliser les compétences

L’une des propositions phares de cette vision concerne le renforcement des liens entre l’Etat et les communautés camerounaises établies hors du pays.

Pour Samuel Ervé Mandeng, il est indispensable de cartographier les compétences de la Diaspora afin de mieux orienter les expertises vers les secteurs prioritaires de développement du pays.

« Il ne s’agit pas de les enfermer dans des cases, mais de leur offrir une boussole. Parallèlement, nos représentations consulaires doivent sortir de leurs trous d’ivoire : la diplomatie de proximité est une urgence. Nous devons renforcer la présence de l’Etat auprès de ses communautés, les écouter, les conseiller et les accompagner », précise l’orateur a également plaidé pour une modernisation de l’action consulaire fondée sur l’écoute, l’accompagnement et la proximité avec les communautés.

Investir pour mieux capter les énergies de la Diaspora

Au-delà de l’accompagnement, le responsable associatif appelle à la création d’outils concrets pour favoriser l’investissement des camerounais de l’étranger.

Il propose notamment la mise en place d’annuaires numériques recensant les compétences et entreprises de la Diaspora, l’élargissement de l’accès à la carte consulaire aux binationaux ainsi que le développement de mécanismes de financement adaptés.

« Nous devons élargir l’accès à la carte consulaire à tous les camerounais d’origine, y compris les binationaux, pour consolider leur sentiment d’appartenance et faciliter leurs démarches. Mais la mesure la plus audacieuse, celle qui changera véritablement la donne, est l’institution d’une fiscalité de développement. En collaboration avec le ministère des Finances, je propose l’installation d’une taxe d’affiliation ou l’extension du Numéro d’identifiant unique. Cette formalisation de contribution citoyenne n’est pas une punition, c’est un acte d’appartenance. Elle permet à chaque camerounais, où qu’il soit, de participer à la construction de la nation », justifie-t-il.

Parmi les mesures les plus innovantes évoquées, il y’a également la création d’une fiscalité de développement permettant à chaque camerounais de l’étranger de contribuer à la construction nationale dans un cadre structuré.

Vers une stratégie nationale intégrée de la Diaspora

En conclusion, Samuel Ervé Mandeng a lancé un appel à l’élaboration d’une Stratégie nationale intégrée de gestion de la Diaspora, articulée autour de l’accompagnement des migrants, de la valorisation des compétences et de la mobilisation des investissements.

Un message qui résonne comme une invitation à repenser la place de la Diaspora dans les politiques publiques, afin d’en faire un acteur central du développement économique et du rayonnement du Cameroun.

Judith Ndongo Ngoubè

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