Précarité menstruelle au Cameroun : Au cœur du silence, la souffrance scolaire des adolescentes

Invitée par l’association CHERREL en partenariat avec le Réseau des Médias Africains pour la Promotion de la Santé et de l’Environnement, dans le cadre des « Rendez-vous du Remapsen », Jeannette B. Afounde, experte en Santé sexuelle et reproductive, a levé le voile sur une problématique encore insuffisamment prise en compte au Cameroun : la précarité menstruelle. Derrière les règles se cachent en réalité des enjeux majeurs d’éducation, de santé mentale, de dignité et d’égalité des chances pour les jeunes filles. Un plaidoyer fort pour replacer la santé menstruelle au centre des politiques publiques

Longtemps confinée au silence des foyers et des discussions privées, la question des menstruations s’impose progressivement dans le débat public africain. A l’occasion d’un webinaire organisé le 19 Mai 2026 dans le cadre des « Rendez-vous du Remapsen », Jeannette B. Afounde a présenté une réflexion approfondie sur les conséquences éducatives et psychosociales de la précarité menstruelle au Cameroun.

Dès les premières minutes de son intervention, l’experte en santé sexuelle et reproductive a rappelé une réalité souvent ignorée : pour de nombreuses adolescentes, les règles constituent une véritable source d’angoisse à l’école.

« La peur n’est pas seulement d’avoir leurs règles. La peur est que cela arrive à l’école », souligne-t-elle.

Entre peur de moqueries, crainte des taches sur l’uniforme et absence d’infrastructures adaptées, certaines jeunes filles vivent leurs menstruations dans la honte et le repli.

La précarité menstruelle, une réalité multidimensionnelle

Au cours de cette rencontre virtuelle, Jeannette Afounde a insisté sur le fait que la précarité menstruelle ne se limite pas à l’absence de serviettes hygiéniques.

Selon les standards internationaux de Menstrual Health and Hygiene (MHH), cette problématique englobe également :

  • L’accès à des toilettes sûres et privées ;
  • La disponibilité de l’eau et du savon ;
  • L’accès à une information fiable ;
  • Un accompagnement médical adapté ;
  • Ainsi qu’un environnement social exempt de stigmatisation.

Or, dans plusieurs établissements scolaires camerounais, notamment en zones rurales et périurbaines, ces conditions restent encore insuffisantes.

« Une adolescente préoccupée par la peur d’une fuite ou par l’absence d’infrastructures adaptées n’est pas placée dans des conditions optimales d’apprentissage », précise l’experte.

Quand les menstruations perturbent silencieusement l’apprentissage

La spécialiste a également mis en lumière les conséquences souvent invisibles de cette précarité sur la réussite scolaire des jeunes filles.

Au-delà de l’absentéisme, les effets touchent directement la concentration, la participation en classe, l’estime de soi et le bien-être psychologique.

Certaines adolescentes, bien que physiquement présentes à l’école, se retrouvent psychologiquement empêchées d’apprendre dans des conditions sereines.

Pour la conférencière, cette réalité fragilise silencieusement le capital humain féminin et compromet les ambitions nationales en matière d’éducation et de développement.

Le poids du tabou et des croyances sociales

L’un des aspects les plus préoccupants évoqués lors du webinaire concerne la persistance des tabous autour des menstruations.

Dans de nombreuses familles, les règles restent un sujet entouré de gêne, de silence et parfois de croyances dévalorisantes. Beaucoup de jeunes filles grandissent ainsi avec l’idée que leur corps doit être caché.

Les réseaux sociaux, a ajouté Jeannette Afounde, contribuent parfois à amplifier cette vulnérabilité et le cyber harcèlement. Selon l’experte,

« Beaucoup de jeunes filles grandissent avec l’idée que les menstruations sont sales et honteuses ».

La douleur menstruelle encore banalisée

Autre point soulevé pendant cette rencontre est la banalisation des douleurs menstruelles.

Selon l’intervenante, de nombreuses adolescentes souffrent en silence sans bénéficier d’écoute, d’accompagnement ou de prise en charge adaptée.

« Toutes les douleurs ne sont pas normales. Certaines peuvent révéler des pathologies encore insuffisamment diagnostiquées », relève Dre Afounde.

Des réponses urgentes et structurées attendues

Face à cette situation, Jeannette B. Afounde appelle à des réponses multisectorielles impliquant les secteurs de l’éducation, de la santé publique et de la protection sociale.

Parmi les pistes évoquées :

La réalisation d’un audit naturel des infrastructures scolaires ;

L’amélioration des toilettes et de l’accès à l’eau ;

Le renforcement de l’éducation menstruelle dès le jeune âge ;

La formation des enseignants ;

Mais aussi l’amélioration de l’accessibilité financière des protections menstruelles.

« Une école qui ne permet pas aux filles de gérer dignement leurs menstruations devient involontairement un espace d’exclusion éducative », signale la spécialiste.

Un plaidoyer pour la dignité des adolescentes

A travers cette intervention au webinaire des « Rendez-vous du Remapsen », la question de la santé menstruelle apparaît désormais comme un véritable enjeu de développement humain.

Pour les participants, il devient urgent de sortir ce sujet du silence afin de garantir aux adolescentes camerounaises en environnement scolaire plus inclusif, sécurisé et respectueux de leur dignité.

Il est clair que tant que des adolescentes continueront à apprendre dans la peur, la honte ou l’improvisation pendant leurs menstruations, il sera difficile, voire impossible de parler d’égalité réelle des chances à l’école.   

Judith Ndongo Ngoubè

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