La lutte contre les violences basées sur le genre (VBG) ne peut rester une préoccupation exclusivement féminine. C’est le message porté par Ulrich Ovono, ambassadeur de la masculinité positive, qui interpelle les hommes sur leur rapport aux violences faites aux femmes et dénonce les blocages autour du processus d’élaboration d’une loi spécifique contre les VBG au Cameroun. Depuis 2023, affirme-t-il, les démarches engagées reposent sur le dialogue, la recherche du consensus et la défense de la stabilité des familles.
L’ambassadeur de la masculinité positive pointe une perception masculine qu’il estime particulièrement problématique : celle qui consiste à considérer les violences faites aux femmes uniquement sous l’angle des relations conjugales ou amoureuses.
« Ce qui est davantage compliqué dans la posture des hommes, c’est qu’ils regardent la problématique des violences basées sur le genre du point de vue de leur rapport avec leur partenaire, qui peut être leur fiancée, leur concubine, leur femme ».
Il regrette que cette perception laisse dans l’ombre d’autres liens familiaux pourtant tout aussi importants.
« Ils ne regardent jamais le rapport du point de vue de leur mère, ou de leur sœur, ou de leur fille. Leurs yeux se braquent uniquement sur le rapport qu’ils ont avec leur partenaire ».
Pour lui, cette manière de percevoir les violences constitue un frein à une mobilisation masculine plus profonde.
Son plaidoyer consiste à inviter les hommes à dépasser leur seule expérience conjugale pour prendre conscience que toute femme victime de violence est aussi la mère, la sœur ou la fille de quelqu’un.
« Nous nous retrouvons toujours, lorsque le drame arrive, à éprouver les mêmes douleurs ».
Il rappelle que les violences faites aux femmes ne détruisent pas uniquement des vies individuelles. Elles fragilisent également les familles et affectent durablement les proches.
« Nous nous retrouvons toujours, lorsque le drame arrive, à éprouver finalement les mêmes douleurs, parce que nous sommes finalement tous humains ».
Une réflexion qui replace la lutte contre les féminicides dans une perspective humaine et familiale.
Ulrich Ovono pose notamment la question du sort des enfants devenus orphelins après l’assassinat de leur mère :
« Combien d’orphelins avons-nous aujourd’hui qui subissent la double peine ? La peine d’un parent décédé et la peine d’avoir le meurtrier de sa mère qu’on parle ».
Derrière cette interrogation se dessine une préoccupation majeure : quelle société construire lorsque les violences conjugales et les féminicides laissent des enfants confrontés à la perte d’un parent et aux conséquences judiciaires et familiales du drame ?
Depuis 2023, une démarche fondée sur le dialogue et le consensus
Relativement au processus d’élaboration du projet de loi spécifique contre les violences basées sur le genre, l’ambassadeur insiste sur le caractère républicain de la démarche entreprise depuis 2023.
« La démarche qui est la nôtre depuis 2023 est une démarche républicaine ».
Il affirme que les acteurs engagés dans ce processus ont privilégié le dialogue avec les différentes parties prenantes chaque fois qu’un blocage se présentait.
Mais il exprime également des réserves concernant la transmission du texte soumis à discussion.
« Quand nous sommes arrivés à une phase où vous demandez un texte pour faire des observations, on ne vous le communique pas. Vous avez toutes les raisons de croire qu’il y a un problème ».
Une situation qui, selon lui, rend difficile la poursuite d’un dialogue constructif et transparent.
Il précise toutefois que la démarche de la Task force sur les VBG au Cameroun n’est pas une volonté de rupture avec les institutions, mais plutôt une exigence de concertation et de transparence.
« Nous ne disons pas qu’on doit adopter le texte d’Ebolowa »
L’ambassadeur défend ce document en raison du consensus qui aurait présidé à son élaboration.
« Pourquoi nous insistons sur le fait que c’est ce texte qui doit être la base du travail ? Nous ne disons pas qu’on doit adopter le texte d’Ebolowa. Nous disons que ce texte est le fruit d’un consentement ».
Pour lui, le caractère consensuel de ce document doit constituer le point de départ des discussions ultérieures.
Il insiste :
« Parce que c’est le fruit d’un consensus large, ça devrait être la base de travail. On ne peut pas aller sortir un autre texte qui vient de nous ».
Une position qui remet au centre du débat la question de la participation des différentes parties prenantes à l’élaboration du futur cadre juridique de protection des femmes.
Au-delà des divergences autour du texte, le message final de l’ambassadeur est un appel à la responsabilité collective.
La lutte contre les violences basées sur le genre ne doit pas être réduite à une confrontation entre hommes et femmes. Elle doit être envisagée comme un combat pour la protection de la vie, la dignité humaine et la stabilité familiale.
Son interpellation aux hommes est particulièrement importante : apprendre à regarder chaque victime comme une mère, une sœur ou une fille, et non uniquement à travers le prisme d’une relation intime.
Car prévenir les violences, c’est aussi éviter que des enfants deviennent orphelins, que des familles soient détruites et que des drames se répètent.
Au Cameroun, le combat contre les VBG appelle donc une mobilisation qui dépasse les discours : dialogue institutionnel, consensus législatif, engagement masculin et protection effective des victimes.
Judith Ndongo Ngoubè
