À Ngong, dans la région du Nord-Cameroun, des journalistes, leaders communautaires, médiateurs, jeunes et associations découvrent encore l’existence du Mécanisme de recours indépendant du Fonds vert pour le climat. De Yaoundé à Ngong, puis au Bénin et au Togo, JVE Cameroun a mené en 2026 une campagne pour faire connaître ce dispositif et rapprocher le droit au recours des communautés directement concernées par les projets climatiques.
Le constat surprend l’équipe dès les premiers échanges. À Ngong, en août 2026, les journalistes, médiateurs et leaders communautaires réunis pour devenir des relais du Mécanisme de recours indépendant (MRI) du Fonds vert pour le climat (FVC) découvrent, pour la plupart, son existence.




Ce sont pourtant eux que les communautés sollicitent lorsque survient un problème. Ceux vers qui l’on se tourne pour comprendre une situation, chercher une solution ou faire remonter une préoccupation. Jusqu’alors, beaucoup ignoraient qu’il existait une voie de recours lorsqu’un projet financé par le FVC causait un préjudice aux personnes qu’il était censé aider.
Le constat donne tout son sens à la campagne : un droit que personne ne connaît reste difficile à exercer. Il peut être inscrit dans un règlement, mais demeurer inaccessible aux communautés si celles-ci ne savent ni qu’il existe, ni comment l’utiliser.
Depuis 2023, l’ONG Jeunes Volontaires pour l’Environnement (JVE Cameroun) s’emploie à réduire cette distance. En 2026, dans le cadre de l’IRM CSO Advocacy Grant (RFQ 2026/002), avec l’appui du MRI, l’organisation a conduit, de mai à septembre, une campagne destinée aux communautés locales, aux jeunes, aux femmes, aux organisations de la société civile et aux journalistes d’Afrique de l’Ouest et du Centre.



À Yaoundé, le mécanisme sort des textes institutionnels
Le 21 juillet, à Yaoundé, trente journalistes et membres d’organisations de la société civile, dont treize femmes et dix-sept hommes, prennent part à un atelier national.
Le fonctionnement du mécanisme est expliqué étape par étape : qui peut le saisir, dans quelles conditions et quel type de réponse peut être attendu. L’objectif est de rendre un dispositif institutionnel compréhensible et utilisable par celles et ceux qui travaillent au contact des communautés.
Pour certains participants, l’atelier ouvre des pistes pour de futurs reportages. Pour d’autres, il apporte de nouveaux arguments pour leur travail de plaidoyer.
Le calendrier de la campagne a toutefois dû être réaménagé en raison de contraintes que l’équipe ne maîtrisait pas. Aucune activité n’a été abandonnée. Certaines ont simplement changé de forme, donnant parfois naissance à des initiatives qui se sont révélées particulièrement adaptées au terrain.



À Ngong, le recours devient une question concrète
Du 3 au 10 août, l’équipe se rend à Ngong. Le choix du site répond à une logique simple : c’est dans les territoires où les projets d’adaptation au changement climatique prennent forme que la question du recours devient concrète.
Vingt relais sont formés : sept journalistes, cinq représentants d’associations, quatre médiateurs et quatre leaders communautaires.
Des représentantes du Programme intégré de développement et d’adaptation au changement climatique dans le bassin du Niger (PIDACC/BN) viennent également présenter leurs actions. Le rapprochement permet de donner un contenu concret à la notion de « projet financé » évoquée dans les documents du MRI.
Le dialogue communautaire organisé à Winde Ngong 1 réunit ensuite 60 personnes, dont 21 femmes et 39 hommes.
Les discussions portent notamment sur les droits des communautés, les moyens de faire remonter une préoccupation et le rôle du MRI lorsque les mécanismes locaux de résolution des problèmes ne suffisent plus.



En fulfulde, le MRI entre dans les foyers
La question de la langue constitue rapidement un enjeu important.
Les ressources initialement prévues pour produire des récits et des podcasts en langues locales ont finalement été réorientées vers la logistique de la mission à Ngong. Cette décision a permis de maintenir l’atelier destiné aux journalistes locaux, mais obligeait l’équipe à trouver une autre manière de rendre le contenu accessible dans les langues utilisées quotidiennement par les populations.
La réponse est venue de la tournée médiatique elle-même.
En intervenant en fulfulde, principale langue véhiculaire du Nord, l’équipe a adapté le discours du MRI au contexte local. Sur les antennes de stations comme DERKE’EN FM, le mécanisme de recours a ainsi quitté le vocabulaire institutionnel pour entrer dans celui des auditeurs.
Une adaptation simple, mais déterminante pour rapprocher l’information des populations concernées.



Un barrage, un enfant et un chemin vers l’école
La caravane scolaire initialement prévue pendant les vacances a elle aussi dû être repensée. Le 6 août, l’équipe transforme cette contrainte en une nouvelle activité : les « Ambassadeurs juniors du MRI ».
Douze enfants, dont huit filles et quatre garçons, participent à un sketch.
L’histoire est volontairement simple. Un barrage financé par le Fonds vert pour le climat doit améliorer les conditions de vie de la communauté. Mais l’ouvrage coupe le chemin qu’un enfant emprunte pour aller à l’école.
Le projet apporte un bénéfice attendu. Un problème imprévu apparaît pourtant : le chemin est désormais inaccessible.
Que faire ?
Les enfants cherchent ensemble une solution avant de découvrir le jeu Road to Redress et de participer à une simulation du parcours d’une plainte.
La bande dessinée consacrée au MRI, disponible en version numérique, est ensuite partagée avec leurs parents. Le message dépasse ainsi le cadre de l’activité scolaire pour atteindre les familles.
Déjà utilisé lors des éditions précédentes, Road to Redress confirme son intérêt pédagogique. En se mettant dans la peau d’une communauté confrontée à un problème, les participants peuvent expérimenter les différentes étapes du recours plutôt que de simplement écouter une présentation institutionnelle.
De Yaoundé à Lomé, une campagne qui dépasse le Cameroun
La campagne ne s’est pas limitée au Nord-Cameroun.
À Yaoundé, quinze Jeunes Ambassadeurs du MRI sont formés pour porter le sujet auprès de leurs pairs.
Au Bénin, à Abomey-Calavi, et au Togo, à Lomé, JVE Bénin et JVE Togo organisent chacune une rencontre réunissant une vingtaine de participants.
Le 4 septembre, un webinaire régional rassemble 134 personnes, dont 56 femmes, venues de six pays : le Cameroun, le Togo, le Bénin, le Nigeria, le Sénégal et la Côte d’Ivoire.
Des experts camerounais, togolais, béninois et nigérians y partagent leurs expériences nationales et échangent sur les réalités rencontrées dans leurs différents pays.
En parallèle, une campagne numérique déployée sur huit plateformes, de Facebook à TikTok, permet de toucher plusieurs milliers de personnes.
« Compter, pas seulement paraître »
Pour Blondel Silenou, chef de projet de l’IRM CSO Advocacy Grant 2026, l’enjeu dépasse la seule diffusion d’informations.
« Les droits des communautés ne se décrètent pas depuis les salles de réunion : ils se comprennent, se revendiquent et se protègent là où les projets transforment les vies. Comprendre les enjeux, c’est déjà un premier pas vers la redevabilité ; exiger la transparence, c’est refuser que l’information reste un privilège. Mais rien de tout cela ne tient si la participation se limite à une figuration cosmétique. La voix des jeunes, des femmes, des OSC et des communautés doit compter, pas seulement paraître. C’est à ce prix que le MRI devient non pas un texte lointain, mais un outil réellement accessible entre les mains de celles et ceux qui vivent les impacts du changement climatique ».



Après la campagne, les demandes continuent
Le véritable test d’une campagne de sensibilisation se mesure aussi à ce qui se passe après les activités.
À l’issue de la campagne, des communautés voisines ont demandé à leur tour à bénéficier de séances d’information. Environ cinq journalistes sont également revenus vers l’équipe pour approfondir le sujet et publier de nouveaux articles.
Au total, plusieurs centaines de personnes ont été directement sensibilisées et plusieurs milliers d’autres touchées au Cameroun ainsi qu’en Afrique de l’Ouest et du Centre.
Mais au-delà des chiffres, un changement plus discret est observé par l’équipe : le MRI commence à trouver sa place dans le débat public local, et plus seulement dans les textes et documents institutionnels.
À Ngong, ceux vers qui les communautés se tournent lorsque les choses vont mal savent désormais qu’une voie de recours existe. Et surtout, ils savent où la trouver.
Judith Ndongo Ngoubè et JVE Cameroun
