Lutte contre la drépanocytose : AGH mobilise les populations autour du dépistage et de la prévention

A l’approche de la Journée mondiale de lutte contre la drépanocytose célébrée le 19 Juin, l’association African Genesic Health a donné le ton le 12 Juin 2026 à Yaoundé, en organisant une marche sportive de sensibilisation. Objectif : informer les populations sur cette maladie génétique encore méconnue et les inviter à réaliser gratuitement le test de l’électrophorèse de l’hémoglobine du 15 au 19 Juin. Une initiative menée en partenariat avec Zita Nadège Foundation et soutenue par plusieurs acteurs engagés, dont l’association About Drepa et les autorités traditionnelles locales

Partis dans une ambiance conviviale et sportive, les participants ont sillonné les artères de Mimboman, Essos et Omnisports, Titi garage, Hôtel du plateau dans le 4è et le 5è arrondissement de Yaoundé, portant un message simple mais essentiel : connaître son statut drépanocytaire pour mieux prévenir la maladie.

Jeunes, parents, leaders communautaires et membres d’associations ont répondu présents à cette activité qui visait à sensibiliser le plus grand nombre aux conséquences sanitaires et sociales de la drépanocytose, première maladie génétique héréditaire au monde.

« La drépanocytose est une maladie dont on ne guérit pas, et elle est plus dans la prévention. C’est une maladie qu’on devrait normalement prévenir et pour la prévenir, on doit connaitre la maladie et on doit également faire des dépistages précoces savant de s’engager dans une relation. Si on est déjà engagé dans une relation et qu’on ne connait pas son statut, on devrait se faire dépister pour pouvoir prévenir la maladie », explique Gabriel Mbarga, responsable des programmes à AGH.

Le test de l’électrophorèse au cœur de la campagne

Au-delà de la marche sportive, les organisateurs ont mis l’accent sur l’importance de l’électrophorèse de l’hémoglobine, examen permettant de déterminer le profil génétique d’une personne face à la maladie.

Du 15 au 19 Juin, les populations sont ainsi invitées à bénéficier gratuitement d’un test, une opportunité rare pour de nombreuses familles qui n’ont pas toujours accès à ce type d’examen.

Pour les promoteurs de l’initiative, il s’agit de faire de la prévention un réflexe citoyen.

« Le but est de connaitre son statut et voir comment prévenir certaines complications. C’est-à-dire éviter d’avoir des enfants qui seront demain drépanocytaires. Si on ne connait pas son statut, il est fort probable qu’on continue d’avoir cette forte prévalence. Le but est de sensibiliser pas seulement les individus SS, mais beaucoup les AS (porteurs sains). Il faut lui faire comprendre qu’il ne peut pas se mettre avec quelqu’un qui est AS comme lui, au risque que les enfants soient SS. Si vous êtes AS, mettez-vous avec quelqu’un qui est AA. Mais si vous êtes AS ne vous mettez pas avec quelqu’un qui est AS, encore moins SS », souligne Havry Stève Mbozo’o Essamba, Médecin à Zita Nadège Foundation et au Centre Hospitalier African Genesic Health.

About Drepa et les autorités traditionnelles aux côtés des populations

La réussite de cette campagne repose également sur l’engagement de partenaires et relais communautaires. L’association About Drepa, connue pour son travail d’accompagnement des personnes vivant avec la drépanocytose, a apporté son expertise et son soutien à l’événement.

« Soucieux de ce que traversent les malades, moi-même étant malade, il était important pour nous de nous associer à ce mouvement. About Drepa est une association qui lutte contre la drépanocytose et qui accompagne les malades et leurs familles au quotidien, par des suivis médicaux en association avec le CH-AGH, des suivis psychologiques également, parce que beaucoup de familles ne sont pas suffisamment informées de ce qu’est cette maladie. On apprend aux familles à vivre avec », signale Véronique Chloé Mindzie Nko’o, présidente de l’association About Drepa.

La présence du Chef de 3è degré de Mimboman Plateau a également renforcé la portée du message auprès des populations locales.

« En tant que leader communautaire, nous avons tout intérêt à nous associer à tout ce qui est santé dans notre territoire de commandement, parce que nous avons constamment ces cas. Quand nous les voyons soit dans la souffrance, soit s’en aller, nous sommes déstabilisés. Nous nous demandons s’il n’y aurait pas eu des préalables pour sauver des vies dès le départ. Je connais une famille où pratiquement tout le monde est drépanocytaire. Tout récemment nous avons enregistré un décès. C’est dérangeant de savoir que les gens vivent ainsi. Nous sommes tous appelés à partir, mais d’une certaine manière quand-même », relève Majesté Hubert Francis Oloa Abanda.   

Faire reculer les préjugés et promouvoir la connaissance

Malgré les avancées médicales et les nombreuses campagnes de sensibilisation, la drépanocytose demeure entourée de préjugés et de nombreuses idées reçues. Pour les associations engagées, le combat ne se limite pas à la prise en charge des maladies ; elle passe aussi par l’information, l’éducation et la responsabilité des populations.

La marche du 12 Juin s’inscrit ainsi dans une démarche plus large visant à construire une société mieux informée et plus solidaire envers les personnes vivant avec cette maladie.

« Beaucoup de gens ne connaissent pas la maladie. Il faut insister et expliquer. On parle de drépanocytose, d’autres parlent plus d’hématie. Ce qui fait qu’il faut ramener les populations à s’approprier le terme clinique exacte et leur expliquer. Autre chose, la maladie est mystifiée. Beaucoup attribue cela à la sorcellerie, au mystique, que non. Il s’agit d’une maladie transmissible par les gènes », signale le DP CH-AGH.  

Une lutte qui concerne toute la société

A travers cette série d’activités, l’association AGH, la Fondation Zita Nadège et leurs partenaires rappellent que la lutte contre la drépanocytose ne relève pas uniquement des professionnels de la santé. Elles nécessitent l’implication des familles, des leaders communautaires, des associations, des autorités locales et des décideurs publics.

Le succès de la mobilisation observée à Yaoundé IV et V témoigne d’une prise de conscience grandissante. Un signal encourageant pour tous ceux qui œuvrent au quotidien afin que la drépanocytose cesse d’être une fatalité et devienne une maladie mieux connue, mieux prévenue et mieux prise en charge.

Judith Ndongo Ngoubè

Publications similaires