A l’occasion de la 41è édition de la Journée mondiale des droits des consommateurs, la Coalition des Consommateurs Camerounais (CCC), en partenariat avec l’Association des jeunes pour le développement durable et l’émancipation au Cameroun (AJDDEC) élève la voix contre l’exposition à la fumée du tabac dans les lieux publics. Placée sous le thème « Espaces publics sans fumée, Respirons la santé », la campagne lancée le 26 Février 2025 par une conférence de presse se poursuivra jusqu’au 31 Mai, en cohérence avec la Convention-cadre de l’Organisation mondiale de la santé pour la lutte anti-tabac
Les données sont sans appel. Selon l’Observatoire du Tabac en Afrique francophone (OTAF), 17,5% des camerounais fument, tandis que 35% sont exposés au tabagisme passif.
Derrière ces pourcentages se cachent des vies fragilisées : enfants exposés dans les espaces publics, travailleurs contraints de respirer un air pollué, familles confrontées à des maladies évitables. Le tabagisme passif n’est pas un dommage collatéral, c’est une atteinte directe au droit à la santé.
« Il est question de réglementer les espaces publics, parce que les consommateurs se plaignent du fait que lorsqu’ils se rendent dans les lieux publics comme les snack-bars ou les transports, ils subissent la fumée du tabac et des produits dérivés du tabac. C’est anormal, c’est injuste, parce que leur droit à la santé est menacé. Autant ils comprennent la liberté de ceux qui fument, autant ils doivent jouir de leur droit à la santé. C’est pour cela que nous avons engagé cette campagne, en vue de l’adoption des mesures de protection des non-consommateurs », signale Prince Mpondo, président de la CCC.

Une campagne conforme aux engagements internationaux
En inscrivant son action dans le cadre de la Convention-cadre de l’OMS pour la lutte anti-tabac, la CCC et l’AJDDEC rappellent que le Cameroun a pris des engagements internationaux clairs. Ceux-ci impliquent l’adoption et l’application effective de mesures protégeant les populations contre la fumée du tabac dans les lieux publics.
« Dans son Article 8, la Convention pose le principe de protection des populations contre la fumée du tabac. Parmi ces principes on a la reconnaissance du rôle central de la société civile comme acteur en la matière. Le premier principe reconnait que tous les espaces doivent être 100% sans fumée. La protection contre la fumée du tabac doit être surveillée de près. Il faut mettre en œuvre un plan et des moyens pour réussir une interdiction totale de fumer dans les lieux publics. Il faut également mettre un accent sur les lieux de travail intérieurs, où on devrait interdire de fumer », précise Judith Noël Chekumo, présidente de l’AJDDEC.
La campagne qui s’étend jusqu’au 31 Mai vise ainsi à transformer ces engagements en réalités concrètes, à travers la sensibilisation, le plaidoyer et l’interpellation des décideurs publics.
« Nous voulons que les autorités respectent les engagements pris au niveau international, à travers les Convention-cadre de l’OMS. Nous voulons également que les Collectivités Territoriales Décentralisées jouent leur rôle en matière de promotion de la santé publique. Qu’elles prennent véritablement leurs responsabilités, faire en sorte que les espaces publics qui sont situés dans leurs circonscriptions soient des milieux sains. Il ne s’agit pas d’exclure les fumeurs, mais il faut trouver des mécanismes qui respectent la liberté du fumeur et la santé du non-fumeur », souligne Prince Mpondo.

Un enjeu de gouvernance et de responsabilité collective
Au-delà de la commémoration, une question essentielle se pose : que valent nos textes sans leur application ? Protéger les non-fumeurs ne relève pas d’un débat idéologique, mais d’une exigence de gouvernance responsable.
Les pouvoirs publics, les collectivités territoriales décentralisées et les citoyens eux-mêmes sont appelés à agir. Créer des espaces publics sans fumée c’est affirmer que la santé prime sur les habitudes, que l’intérêt général l’emporte sur les intérêts particuliers.
La 41è journée mondiale des droits des consommateurs devient ainsi plus qu’une date symbolique : elle est un rappel que respirer un air sain est un droit fondamental. Et qu’il appartient à chacun, institutions comme citoyens, d’en faire une réalité durable.
Judith Ndongo Ngoubè
