Du braille aux hautes responsabilités : Le CJARC réécrit les codes de l’inclusion

A l’occasion de la 25è édition de la journée mondiale du braille, le Club des Jeunes Aveugles Réhabilités du Cameroun (CJARC), en partenariat avec la Mission Evangélique Braille, a organisé une conférence-partage d’expériences autour du thème : « Témoin et transformateur : le braille comme moteur d’inclusion entre journalisme et enseignement ». Une rencontre engagée, visant à promouvoir le braille comme outil fondamental d’inclusion scolaire, professionnelle et sociale des personnes vivant avec un handicap

Dans un monde marqué par la digitalisation accélérée des savoirs, le CJARC rappelle que le braille demeure un pilier incontournable de l’autonomie intellectuelle des personnes aveugles ou malvoyantes. Loin d’être un outil dépassé, il constitue au contraire une passerelle vers l’éducation de qualité, l’accès à l’information et l’exercice de métiers exigeants.

« Nous avons bien voulu saisir cette 25è édition de la journée mondiale du braille pour procéder à cet échange entre personnes expérimentées, personnes utilisatrices du braille pour transmettre leurs connaissances aux plus jeunes, les motiver, parce qu’il y’en a qui pensent que le braille n’est pas utile, ne peut pas servir à grand-chose. Nous avons invité des personnes aux profiles complètement différents, pour montrer que dans l’exercice de leurs métiers ils ont besoin du braille. Les jeunes ne demandent pas plus que ça pour se rendre compte qu’en allant à l’école, en utilisant le braille, ils peuvent être eux aussi demain des personnes insérées dans notre société, grâce à la maitrise du braille », souligne COCO Bertin, Directeur du CJARC.

Journalisme et enseignement : des parcours qui brisent les préjugés

Au cœur de cette conférence-partage, des professionnels non-voyants ont livré des témoignages édifiants sur leurs parcours académiques et professionnels. Journalistes, enseignants et formateurs ont démontré que la maitrise du braille, combinée aux outils numériques adaptés, permet d’exercer des fonctions de haute responsabilité.

« Le braille est fondamental. Après avoir perdu la vue quand j’étais plus jeune, je n’ai eu aucune autre option que d’apprendre à maitriser le braille, et merci pour cet outil qui m’a permis d’obtenir mes examens officiels au secondaire. Aujourd’hui, grâce à ce même braille, je suis candidat au PHD, par ailleurs journaliste et enseignant. Pour dire que le braille est comme le stylo qui nous permet d’écrire notre avenir », révèle Pascal Somb Lingom, journaliste.

Le braille à l’ère du numérique : complémentarité et innovation

Contrairement aux idées reçues, le numérique ne signe pas la fin du braille. Le CJARC a tenu à démontrer que les deux outils se renforcent mutuellement. Les plages braille, les logiciels de lecture d’écran et les supports numériques adaptés élargissent aujourd’hui les champs d’opportunités professionnelles.

« Le braille est un outil de base que j’utilise par exemple pour la préparation des cours. Je l’associe à l’informatique braille, grâce auquel mes prestations en tant qu’enseignant sont fortement appréciées. Je suis accompagné par des outils complémentaires au braille et je me bats pour représenter ma catégorie sociale, de telle sorte qu’on ne dise plus que le handicap visuel est une limite à l’accession aux métiers de l’enseignement », confie Gabriel, enseignant de Philosophie.

Promouvoir l’inclusion par l’exemple et l’engagement

A travers cette commémoration, le CJARC et la Mission Evangélique Braille entendent sensibiliser les décideurs publics, les établissements scolaires et les médias à l’importance d’investir dans l’enseignement du braille dès le plus jeune âge.

« Dans notre société il y’a pas mal de jeunes qui auraient bien voulu apprendre le braille, mais qui font face à un besoin de matériel didactique spécialisé. Il s’agit d’un matériel qui coûte encore très cher dans notre pays, qui n’est pas accessible à tout le monde. Dans nos petites organisations nous nous efforçons à mettre ce matériel à la disposition des jeunes qui viennent vers nous. Le Cameroun regorge d’environ 200 000 personnes déficientes visuelles qui ont besoin d’apprendre le braille, mais qui sont limitées par le manque du matériel didactique spécialisé. Il serait bon que les décideurs se saisissent de cette affaire et prennent des dispositions pour mettre à la disposition des futurs apprenants le matériel, tablettes braille, poinçon, cubarithme et cube et autres… », précise COCO Bertin.

L’initiative se veut également un message d’espoir pour les jeunes vivant avec un handicap visuel, celui que le braille, loin de limiter, émancipe et transforme. Comme quoi, être aveugle n’est pas une fin en soi ; sans braille, c’est l’avenir qui devient flou.

Judith Ndongo Ngoubè

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