À la veille de la rentrée scolaire, des cahiers, des sacs et des denrées alimentaires ont changé l’ambiance dans plusieurs foyers d’accueil de Yaoundé.
Le 5 septembre 2026, à quelques heures de la reprise des classes, la Kids Cries in Africa Foundation, fondée par Suey Thérèse Atangana, a choisi de faire de la solidarité une réalité concrète. Direction : l’orphelinat Ngul Zamba, le Centre d’accueil des enfants en détresse (CAED)et le Foyer de l’Espérance de Mvolyé.
Dans ces structures qui accueillent au quotidien des enfants vulnérables, les dons remis ont immédiatement pris une dimension particulière. Pour certains enfants, ils représentent simplement des cahiers et un sac. Pour les encadreurs, ils constituent surtout un soulagement face à des besoins qui, eux, ne prennent jamais de vacances.

« Je ne me sens plus seule »
L’émotion était palpable chez les enfants. Elève en classe de 4e Espagnole, Ange ne cache pas sa joie.
« Je suis contente qu’ils viennent nous donner des cadeaux et que je ne me sente pas seule. Je suis en joie parce qu’on a pris des cadeaux et qu’on peut aussi commencer l’école comme tous les enfant ».
Une phrase simple, mais lourde de sens. Dans ces foyers, le soutien matériel est aussi perçu comme une présence, une marque d’affection et la preuve que des personnes pensent à eux.
La jeune bénéficiaire adresse d’ailleurs un message de reconnaissance aux donateurs, souhaitant que leur geste continue à porter du fruit dans leurs familles.
Les enfants promettent de travailler
Chez les plus grands, le discours est davantage tourné vers l’avenir.
Onana Simon, élève en Terminale A4 Espagnol, prend la parole au nom des enfants.
« Nous vous disons merci pour cette grande visite. Nous sommes vraiment contents. Nous souhaitons que vous reveniez habituellement ».
Puis vient la promesse, presque solennelle :
« Pour les fournitures scolaires que nous avons reçues aujourd’hui, nous vous promettons la réussite. Nous allons nous appliquer dans nos études ».
Avant de conclure :
« Nous vous promettons de bien travailler à l’école et d’être parmi les premiers ».
Des mots qui donnent un autre relief aux cahiers, sacs et fournitures distribués. Ici, le don n’est pas seulement un objet : il devient un encouragement à réussir.
« Nous voulons juste qu’ils soient heureux »
Du côté des donateurs, l’objectif est justement de créer cette étincelle.
Le message adressé aux enfants est sans ambiguïté : étudier, persévérer et croire en leurs capacités.
« Nous les encourageons à étudier avec beaucoup de sérieux. Nous reviendrons très bientôt », déclare Maeva Manga Ambella, représentante de Kids Cries in Africa Foundation.
Mais la fondation ne revendique pas d’autre exigence.
« Nous n’avons pas d’attente particulière. Nous voulons juste qu’ils soient heureux, contents aujourd’hui, comme les autres enfants qui ont peut-être des parents et qui sont accompagnés par leurs parents ».
Et surtout, qu’ils puissent rejoindre les meilleurs élèves.
« Qu’ils soient aussi parmi les meilleurs élèves ».

À Ngul Zamba, le défi commence bien avant la salle de classe
À l’orphelinat Ngul Zamba, les fournitures scolaires arrivent comme une bouffée d’oxygène. Mais la rentrée ne se résume pas aux cahiers.
Il faut inscrire les enfants, payer certaines dépenses, assurer les tenues scolaires et, surtout, garantir les repas.
La responsable de la structure le rappelle sans détour :
« La première difficulté, vous savez, c’est qu’on doit les inscrire à l’école. Il faut les finances. En plus, il y aura les tenues et puis tout le reste qui suit », souligne Sœur Antoinette Marie Beyina, responsable des lieux.
Dans ce contexte, chaque contribution compte.
« Si on a les finances, ça va résoudre le problème ».
Trois repas, des dizaines de besoins
Le quotidien des enfants donne une idée de l’ampleur de la tâche.
Le matin, il faut du pain et de la bouillie. À midi, un repas doit être préparé sur place. Le soir, les besoins alimentaires sont encore là.
« Chaque matin, ils doivent avoir un bout de pain avant d’aller à l’école, avec un bol de bouillie. À midi, comme on ne peut pas aller dans les cantines scolaires, on est obligé de préparer le riz sur place ».
Une organisation qui pèse lourdement sur les ressources du foyer.
« Nous sommes des consommateurs ici à temps plein. Sept jours sur sept », précise Sœur Antoinette Marie Beyina.
D’où l’appel lancé aux personnes de bonne volonté pour soutenir durablement la structure en denrées alimentaires.
Les médicaments manquent aussi
Autre urgence : la santé.
Les responsables du foyer expliquent que leur pharmacie manque de produits de première nécessité pour les soins courants.
« On est en train de demander s’il y a quelqu’un qui peut nous aider avec la pharmacie de la maison. ».
Paracétamol et produits destinés aux petits soins font partie des besoins exprimés.
« La maison manque de ça. Si on peut nous aider ».
Un appel qui rappelle que l’accompagnement des enfants vulnérables se joue sur plusieurs fronts : nourriture, école, santé et protection. Malgré les difficultés, les responsables des structures refusent de réduire ces enfants à leur vulnérabilité. Ils parlent plutôt de leur potentiel. Et les résultats scolaires sont là pour le prouver. Pour les encadreurs, l’aide extérieure permet donc de libérer davantage ce potentiel.
«Ce sont des enfants intelligents, ce sont des enfants comme tous les autres. Même malgré leur situation, je peux vous rassurer que la première de l’établissement était une enfant de la maison. Quand vous venez nous appuyer, ça nous va droit au cœur. Ce sont des enfants très, très intelligents», souligne Sœur Antoinette Marie Beyina.


Au Foyer de l’Espérance : « Nous ne vivons que des dons »
Au Foyer de l’Espérance de Mvolyé, Joseph Ambaye, Educateur, mesure à sa juste valeur le soutien reçu.
« Ces dons représentent pour nous beaucoup de choses. Nous ne vivons que des dons ici au foyer ».
Elle remercie les donateurs et invite les personnes de bonne volonté à ne pas détourner le regard.
« Nous vous remercions très sincèrement parce que ces nécessités garantissent notre séjour ici avec les jeunes », Signale l’Educateur.
Mais elle veut également élargir la notion de don.


Donner aussi du temps, de l’écoute et du soutien psychologique
Pour la responsable, aider un enfant ne consiste pas uniquement à remplir son assiette ou son cartable.
Certains jeunes arrivent avec des histoires personnelles difficiles et ont besoin d’un accompagnement adapté.
« Les dons, pour nous, ce n’est pas seulement les vivres. Les dons peuvent être aussi un accompagnement psychologique », lance-t-il, avant de poursuivre ;
« Vous avez des jeunes qui ont des situations très compliquées et chacun arrive avec ses problèmes ».
D’où l’appel à une solidarité plus large, capable d’accompagner les enfants dans la durée et de les aider à reprendre confiance.



Une rentrée avec des cahiers… et de l’espoir
Au terme de cette journée de solidarité, les besoins restent nombreux. Les foyers auront encore besoin de nourriture, de médicaments, de vêtements, de matériel scolaire et d’accompagnement psychologique.
Mais en ce 5 septembre, quelque chose a changé.
Des enfants ont reçu des cahiers. D’autres ont retrouvé le sourire. Des responsables ont pu souffler un peu. Et une promesse a été formulée : celle de travailler pour réussir.
À quelques heures de la rentrée, le message de ces enfants est finalement le plus simple : ils veulent apprendre, réussir et avoir, eux aussi, leur chance.
La Kids Cries in Africa Foundation aura, pour sa part, transformé une veille de rentrée en un moment de partage et de solidarité. Une action dont la portée dépasse largement la valeur des dons remis : elle rappelle qu’aucun enfant ne devrait commencer une nouvelle année scolaire avec le sentiment d’être oublié.
Judith Ndongo Ngoubè
