Face à la disparition progressive des langues autochtones, à l’érosion des savoirs traditionnels et à la faible visibilité du patrimoine des peuples autochtones du Cameroun, l’Indigenous Peoples Organisation (IIPO) veut renforcer son action aux côtés du ministère des Arts et de la Culture. Le 14 août 2026, son président, Paul Eddy Tsoungui, a présenté au ministre Bidoung Mkpatt un programme triennal de partenariat couvrant la période 2026-2029, articulé autour de six axes destinés à faire de la culture autochtone un levier de transmission, de création et de rayonnement international
Le patrimoine culturel des peuples autochtones du Cameroun se trouve à la croisée de plusieurs défis. La disparition progressive de certaines langues, la perte des savoirs traditionnels et l’insuffisance de la documentation constituent autant de signaux d’alerte pour la transmission intergénérationnelle.
À ces fragilités s’ajoutent une visibilité encore limitée sur les scènes nationale et internationale, une participation insuffisante des jeunes aux activités culturelles et le manque de plateformes permettant aux communautés autochtones de promouvoir leurs expressions artistiques et leurs patrimoines.
C’est dans ce contexte que l’IIPO entend inscrire son partenariat avec le ministère des Arts et de la Culture dans une démarche de long terme.
Six axes pour une coopération structurée
Le programme triennal présenté au MINAC repose sur six axes prioritaires. Le premier concerne le renforcement institutionnel, avec l’ambition de consolider les capacités organisationnelles et la collaboration entre les acteurs engagés dans la promotion des cultures autochtones.
Le deuxième axe porte sur la sauvegarde du patrimoine culturel. Il s’agit notamment de contribuer à la documentation, à la préservation et à la transmission des langues, savoirs, pratiques et expressions culturelles menacés de disparition.
La promotion artistique constitue le troisième pilier. Elle vise à donner davantage de visibilité aux artistes et créateurs autochtones, tout en favorisant leur accès aux espaces de diffusion et de valorisation culturelle.
Le quatrième axe, consacré à la coopération internationale, entend ouvrir davantage les patrimoines autochtones du Cameroun aux réseaux, institutions et plateformes internationales. Une orientation stratégique alors que la reconnaissance et la promotion à l’étranger demeurent encore limitées.
Le cinquième axe mise sur la formation, notamment pour renforcer les compétences des acteurs culturels et favoriser l’implication des nouvelles générations. Enfin, le sixième axe, consacré à la recherche, devrait permettre de mieux documenter les réalités culturelles autochtones et de produire les connaissances nécessaires à leur sauvegarde.

Faire de la jeunesse un acteur de la transmission
L’un des enjeux majeurs de ce partenariat réside dans la capacité à rapprocher les jeunes de leur patrimoine. La transmission culturelle ne peut en effet reposer uniquement sur la conservation des pratiques existantes : elle doit également donner aux nouvelles générations les moyens de se les approprier, de les réinterpréter et de les inscrire dans la société contemporaine.
La formation, la création artistique et la recherche peuvent ainsi constituer des passerelles entre mémoire et modernité. Elles offrent aux jeunes des espaces où la culture n’est plus seulement perçue comme un héritage à conserver, mais comme une ressource vivante susceptible de nourrir la création, l’éducation et le dialogue interculturel.
Du patrimoine local au rayonnement international
L’ambition affichée par l’IIPO dépasse donc la seule préservation. Il s’agit aussi de créer les conditions d’un rayonnement national et international des cultures autochtones du Cameroun.
La recherche de plateformes internationales de promotion apparaît, à cet égard, comme un enjeu déterminant. Une meilleure présence dans les réseaux culturels internationaux pourrait favoriser les échanges, les collaborations artistiques, la circulation des savoirs et la reconnaissance de patrimoines encore insuffisamment documentés et valorisés.

Un partenariat appelé à changer d’échelle
La présentation du programme 2026-2029 au MINAC marque ainsi une volonté de passer d’initiatives ponctuelles à une coopération structurée autour d’objectifs pluriannuels. Pour l’IIPO, le partenariat avec le ministère doit permettre de fédérer les efforts nationaux et internationaux en faveur des peuples autochtones et de leur patrimoine.
L’enjeu est désormais de transformer les six axes annoncés en actions concrètes, mesurables et durables. Car sauvegarder une langue, transmettre un savoir ou faire connaître une expression artistique ne relève pas seulement de la conservation du passé : c’est aussi préserver une part de la diversité culturelle du Cameroun et donner aux générations futures les moyens de la faire vivre.
Judith Ndongo Ngoubè
