Lutte contre le SIDA : Des données positives et un plaidoyer fort contre la discrimination au Cameroun

La célébration de la Journée Mondiale de lutte contre le SIDA a encore offert cette année, une tribune de choix aux acteurs engagés dans la riposte nationale. A l’occasion de cette commémoration, le Comité National de Lutte contre le SIDA (CNLS) a dévoilé les résultats de l’enquête nationale CAMPHIA 2024-2025 menée auprès des ménages, relevant des avancées notables dans la connaissance du VIH, l’accès au dépistage et l’observance du traitement

Selon les données présentées ce 1er Décembre 2025, la progression des indicateurs témoigne d’un engagement réel sur le terrain, porté par les campagnes de sensibilisation, l’élargissement de l’offre de dépistage et la disponibilité accrue des services de prise en charge. Ces résultats, qualifiés d’« encourageants » par les experts, renforcent l’espoir de voir le Cameroun consolider son positionnement dans la marche vers les objectifs mondiaux des trois 95.

  « Dans CAMPHIA on a eu deux résultats majeurs. Le premier est l’incidence du VIH, qui se situe autour de 0,15% année, contre 0,24% qu’on avait dans la précédente enquête, soit une baisse de 9 points. Ce qui signifie que réellement au Cameroun, nous baissons le nombre de nouvelles infections grâce à la mise sous traitement Antirétroviral. On sait que le traitement aujourd’hui agit comme prévention. Il est question maintenant que nous allions en communautés chercher les personnes qui ne connaissent pas leur statut, pour qu’elles aussi bénéficient des bienfaits des médicaments que nous avons au Cameroun. La prévalence est de 2,6% pour les personnes âgées entre 15 et 49 ans, qui représentent la population sexuellement active. Lorsque nous comparons ces résultats par rapports aux résultats antérieurs, où on était à 3,4% à l’enquête CAMPHIA 1 réalisée en 2017 et l’enquête démographique de santé en 2018, qui était à 2,7%, on peut témoigner ici que nos efforts sur le terrain sont étroitement liés à la baisse des nouvelles infections au sein de la population. Un autre progrès observé est la capacité à amener nos bénéficiaires sous ARV à faire une bonne réponse thérapeutique », révèle Dr Joseph Fokam, Secrétaire Permanent du CNLS.

Le Ministre de la Santé Publique rappelle que les performances statistiques, aussi prometteuses soient-elles, ne suffiront pas à venir à bout de l’épidémie. Il insiste sur la nécessité urgente de réduire la stigmatisation et la discrimination à l’égard des personnes vivant avec le VIH, deux obstacles majeurs qui continuent de freiner le dépistage précoce, l’adhésion au traitement et la rétention dans les services de soins.

« En plus de notre stratégie qui se transforme aujourd’hui, qui s’affine vers les cibles les plus vulnérables vers les jeunes et les adolescents, nous avons mis un accent sur la stigmatisation, sur la discrimination qui doivent disparaître. Plus nous allons lutter contre ces phénomènes, mieux nous allons permettre aux uns et aux autres de connaitre leur statut, de se mettre sous antirétroviraux et de supprimer leur charge virale, donc pouvoir éliminer à l’horizon 2030 le VIH SIDA dans notre pays. Le financement est un souci, certes, parce qu’avec la réduction des investissements sur le plan international, nous pensons que le gouvernement camerounais a déjà fait un gros effort en mettant en place un plan de contingence, de mitigation pour pouvoir financer le cap. Le Président de la République Paul Biya a mis en place un dispositif pour pouvoir prendre en charge le gap qui n’est plus pris en charge par nos partenaires sur le plan international », déclare le Dr Manaouda Malachie.   

Pour atteindre les objectifs ambitieux fixés à l’horizon 2030, à savoir 95% de personnes vivant avec le VIH connaissent leur statut, 95% de celles-ci sous traitement antirétroviral, et 95% de celles sous traitement présentent une charge virale supprimée, le Ministre plaide pour une riposte plus inclusive, respectueuse et socialement soutenue.

« Nous devons, sur le plan technique, dans le cadre du déploiement de nos équipes, mettre en place un plan d’intégration pour que tous les programmes mutualisent les efforts et qu’on ait, avec le peu de moyens, les meilleurs résultats qu’il soit. C’est ce que nous allons suivre pendant le cycle qui arrive, pour que chacun d’entre nous se constitue comme étant le premier acteur de lutte contre le VIH SIDA », martèle-t-il. 

A l’heure où les chiffres montrent la faisabilité du cap fixé, cette Journée Mondiale rappelle que la bataille contre le SIDA n’est pas uniquement scientifique ou médicale, elle est profondément sociale. Le chemin vers les trois 95 passera autant par les laboratoires et les centres de santé que par un changement durable de mentalités.

Judith Ndongo Ngoubè

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