À Etam Bafia, la conférence « La forêt crie à l’aide » veut transformer la prise de conscience en actions concrètes. Reboisement, agriculture durable, recyclage et promotion des semences paysannes sont au cœur de la mobilisation portée par l’activiste environnementale Pauline Bibi.
La forêt ne peut plus attendre. C’est, en substance, le message porté par Pauline Bibi lors d’une rencontre de sensibilisation avec les femmes du quartier Etam Bafia le 13 Septembre 2026. Placée sous le thème « La forêt crie à l’aide », la conférence avait un objectif clair : alerter sur les conséquences de la déforestation au Cameroun et surtout susciter l’émergence d’une communauté capable de poursuivre le combat sur le terrain.
Déforestation au Cameroun : planter après avoir coupé
Face à l’exploitation continue des ressources forestières, Pauline Bibi défend une approche pragmatique. Pour elle, la coupe des arbres ne disparaîtra pas du jour au lendemain. Mais chaque arbre abattu devrait, autant que possible, appeler à une nouvelle plantation.
« Puisqu’on sait que la coupe des arbres ne va pas s’arrêter, s’il y a coupe, il faut également qu’il y ait replantation de ces arbres », explique l’activiste environnementale.
Au cours de la rencontre, les participantes ont été sensibilisées à la situation de la déforestation au Cameroun et aux différentes actions envisageables pour favoriser le reboisement.
L’enjeu dépasse donc la simple plantation d’arbres. Il s’agit de faire comprendre aux communautés qu’elles peuvent elles-mêmes participer à la restauration des espaces dégradés.
Agriculture durable : les femmes au cœur de la sensibilisation
Les échanges ont rapidement pris une autre dimension. Les participantes se sont particulièrement intéressées aux questions agricoles.
Un intérêt que Pauline Bibi accueille favorablement. Car agriculture et protection de l’environnement sont, selon elle, intimement liées.
Préparation des sols, choix des semences, fertilisation et gestion des déchets sont autant de sujets qui peuvent contribuer à réduire la pression exercée sur l’environnement.
« Je ne vais pas dire que je suis déçue, puisque ça fait aussi partie des activités de la forêt », estime-t-elle.
Pour l’activiste, la mobilisation environnementale doit partir des réalités quotidiennes des populations. Et dans les communautés, ces réalités passent notamment par les champs, les déchets et les moyens de subsistance.
Semences paysannes et engrais biologiques contre les pratiques polluantes
La prochaine étape annoncée est la création d’une communauté autour des participantes.
Cette structure devrait servir de cadre à des formations pratiques sur plusieurs thématiques : recyclage des déchets ménagers et toxiques, utilisation des semences paysannes et fabrication d’engrais biologiques.
L’objectif est de favoriser progressivement des pratiques agricoles moins dépendantes des produits chimiques et de limiter la pollution.
Pour Pauline Bibi, la protection de l’environnement ne peut pas être dissociée de la santé humaine.
« La bataille n’est pas seulement pour le reboisement, mais c’est aussi pour la pollution et l’utilisation des semences paysannes, pour le bien-être de l’homme », affirme-t-elle ».


À Etam Bafia, la prise de conscience commence dans les champs
Pour Mme Minkoulou, chef du quartier Etam Bafia, la rencontre a déjà produit un premier résultat concret : de nouvelles connaissances pour améliorer ses pratiques agricoles.
Elle explique avoir longtemps rencontré des difficultés après la mise en terre de ses cultures, avec des plantes qui pourrissaient ou séchaient.
Les conseils reçus lors de la conférence devraient désormais l’aider à mieux préparer son sol avant les plantations.
Dans ses parcelles, elle cultive notamment le plantain, le manioc, le pistache, l’arachide et l’igname, des produits destinés à la consommation.
« Dorénavant, je vais m’arranger à suivre les conseils que ma fille m’a donnés afin de bien élaborer mon sol avant de mettre mes plantes », témoigne-t-elle ».
Son témoignage illustre l’un des enjeux de la conférence : faire passer le message environnemental de la salle de rencontre aux pratiques quotidiennes.

Une petite communauté, mais une cible jugée pertinente
La participation n’a peut-être pas été massive. Mais pour Pauline Bibi, le nombre ne constitue pas le principal indicateur de réussite.
Elle estime que les personnes présentes se sont senties directement concernées par les questions abordées.
« Ces voix n’étaient pas nombreuses. Mais le peu qui était là s’est senti concerné par le sujet », résume-t-elle.
Une conviction qui renforce son ambition de poursuivre la mobilisation à travers une communauté locale appelée à recevoir des formations et à devenir, à son tour, un relais de sensibilisation.

Après la conférence, place à l’action
La conférence « La forêt crie à l’aide » ne se veut donc pas une rencontre isolée. Son véritable enjeu commence maintenant.
La création d’une communauté, la formation des participantes et l’adoption progressive de nouvelles pratiques doivent permettre de donner une traduction concrète aux messages délivrés lors de la rencontre.
Car sauver la forêt ne consiste pas uniquement à dénoncer la déforestation. Il faut aussi planter, préserver les sols, réduire la pollution, mieux gérer les déchets et transmettre de nouvelles pratiques aux communautés.
À Etam Bafia, quelques voix ont répondu à l’appel. Reste désormais à faire grandir ces voix pour qu’elles deviennent une force collective capable de porter, dans la durée, le combat pour les forêts camerounaises.
Judith Ndongo Ngoubè
