Droits de l’enfant : l’UCAC veut faire de la protection de l’enfance une responsabilité de tous

À travers son Master consacré aux droits et à la protection de l’enfant, l’Université catholique d’Afrique centrale (UCAC) entend dépasser le cadre académique pour susciter une véritable prise de conscience sociale face aux violences et aux abus dont sont victimes les enfants.

La protection de l’enfant ne saurait être l’affaire des seuls juristes, des pouvoirs publics ou des organisations internationales. Elle commence dans la famille et concerne l’ensemble de la société. C’est l’un des messages forts portés autour du nouveau Master dédié aux droits et à la protection de l’enfant à l’Université catholique d’Afrique centrale (UCAC).

Pour Nadine Perrault, représentante résidente de l’UNICEF au Cameroun, l’enjeu est notamment de permettre aux étudiants de comprendre comment les droits de l’enfant doivent se traduire concrètement dans la vie quotidienne.

« Les droits de l’enfant, ce n’est pas l’affaire seulement des textes et des juristes, c’est l’affaire de tout le monde », souligne-t-elle.

Le châtiment corporel, une violation des droits de l’enfant

Parmi les questions auxquelles cette formation souhaite s’attaquer figure celle des violences faites aux enfants, notamment le châtiment corporel.

Dans les familles comme dans certains environnements scolaires, les violences physiques peuvent encore être considérées comme des moyens ordinaires de discipline. Pourtant, rappelle Nadine Perrault, l’enfant est avant tout un être humain titulaire de droits.

L’argument est simple : si un adulte ne peut être frappé sans que cela constitue une infraction, il doit en être de même pour l’enfant.

« Quand vous tapez les enfants, vous êtes en train de violer les droits de l’enfant », insiste-t-elle, invitant les parents et les différents acteurs qui interviennent auprès des enfants à repenser leurs pratiques.

La question dépasse d’ailleurs le cadre familial. Elle concerne également l’école, les structures de santé et tous les espaces dans lesquels l’enfant est accueilli ou pris en charge.

Le Master entend ainsi familiariser les apprenants avec les instruments internationaux relatifs aux droits de l’enfant, mais aussi avec les interprétations et recommandations formulées par les mécanismes et experts des droits humains. L’objectif est de faire le lien entre les normes et leur application concrète.

De la connaissance des textes à l’action

L’ambition de la formation n’est donc pas uniquement de produire des spécialistes capables de maîtriser les textes juridiques. Il s’agit également de former des acteurs capables de comprendre les réalités auxquelles les enfants sont confrontés et d’agir sur celles-ci.

Cette orientation se retrouve dans la mise en place, aux côtés de l’enseignement, d’un laboratoire de recherche et de pratique. Un dispositif qui doit permettre de mieux documenter les problématiques liées à l’enfance, mais également de renforcer la visibilité et l’impact des actions engagées.

Pour le recteur de l’Université catholique d’Afrique centrale, cette approche est essentielle dans un contexte marqué par la persistance des violences et des abus contre les enfants.

Thomas Bienvenu Tchoungui évoque notamment des cas de violences extrêmes relayés ces derniers mois sur les réseaux sociaux, allant jusqu’à la mort d’enfants.

Ces situations, estime-t-il, révèlent une crise qui interpelle la responsabilité collective.

Le silence aussi interpelle

Au-delà de l’auteur direct d’une violence, la réflexion porte également sur la responsabilité de ceux qui sont témoins de situations de maltraitance sans intervenir.

« Il ne s’agit pas seulement de dire : moi, je ne fais pas », rappelle le recteur. Selon lui, le silence face à une situation connue peut contribuer, d’une certaine manière, à la dégradation de la condition de l’enfant.

La protection de l’enfance devient ainsi une question de coresponsabilité. Parents, enseignants, responsables d’établissements scolaires, professionnels de santé, autorités publiques, acteurs associatifs et citoyens sont appelés à prendre leur part dans la prévention et la lutte contre les violences.

Former pour provoquer un changement social

L’UCAC ne prétend pas, à travers ce Master, apporter une réponse à toutes les difficultés auxquelles sont confrontés les enfants. L’objectif affiché est plutôt de contribuer à une transformation progressive des comportements et des pratiques.

« Nous n’avons pas la présomption de répondre à tout, mais nous avons la conviction de donner une réponse incisive qui peut amener à un changement social incroyable », affirme le recteur.

Cette transformation passe, selon lui, par une prise de conscience individuelle et collective, mais aussi par une évolution profonde des attitudes à l’égard de l’enfant.

En plaçant les droits de l’enfant au cœur de la formation, de la recherche et de la pratique, l’Université entend donc contribuer à faire émerger une nouvelle culture de protection. Une culture dans laquelle l’enfant n’est plus considéré comme un simple bénéficiaire de soins ou d’éducation, mais comme une personne à part entière, titulaire de droits que chacun a le devoir de respecter et de défendre.

Car protéger l’enfant ne commence pas dans les tribunaux ou dans les textes internationaux. Cela commence aussi à la maison, à l’école, dans les centres de santé et, plus largement, dans le regard que la société porte sur l’enfant.

Judith Ndongo Ngoubè

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