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Au Café Ec(h)o, le charbon écologique fait naître des ambitions… et des questions sur son accès au marché

Face à une dépendance persistante des ménages camerounais au bois-énergie, la sixième session de Café Ec(h)o, organisée par Terra Mucho le 7 Août 2026, a ouvert le débat sur les énergies alternatives au charbon de bois. La projection d’un reportage réalisé en République démocratique du Congo, consacré à la fabrication de charbon écologique à partir de déchets organiques, a suscité un vif intérêt parmi les participantes. Si plusieurs envisagent déjà des projets de production locale, les discussions ont surtout mis en lumière un défi majeur : comment créer un marché capable d’absorber ces nouveaux combustibles ?

Au Cameroun, près de 80 % des ménages utilisent encore le bois de feu ou le charbon de bois pour la cuisson. Une réalité qui traduit la difficulté d’accès à des sources d’énergie plus propres, mais aussi le poids des habitudes de consommation.

Dans ce contexte, Terra Mucho a consacré la sixième édition de son Café Ec(h)o au thème « Énergies alternatives au charbon de bois », réunissant des participantes issues d’horizons divers pour réfléchir aux solutions adaptées aux réalités locales.

L’exemple congolais comme source d’inspiration

La rencontre a été marquée par la diffusion d’un reportage tourné en République démocratique du Congo. Le film présente des initiatives de fabrication de charbon écologique obtenu à partir de déchets organiques, notamment des résidus agricoles et des déchets végétaux, transformés en briquettes destinées à la cuisson.

Au-delà de l’aspect technique, le documentaire met en évidence les bénéfices environnementaux et économiques de cette filière : réduction de la pression sur les ressources forestières, valorisation des déchets et création d’emplois.

« Je suis flattée une fois de plus, parce que ça ravive un projet que j’avais auparavant, qui était celui de valoriser les déchets agricoles, surtout les troncs de bananier, pour la production des serviettes hygiéniques. Je comprends que je n’avais pas poussé le bouchon plus loin que ce que j’avais en ce moment. J’aurais pu orienter, peut-être, mon projet vers la valorisation des déchets pour la production du charbon écologique. La vidéo que j’ai regardée m’a touchée profondément, et je me dis qu’il faut que j’y réfléchisse encore, et que je pense à orienter, ou bien à élargir mon champ d’action. Et également sur un modèle économique encore plus large », estime Stéphanie Penanjo, Directrice Exécutive de Jeunesse Volontaire pour l’Environnement (JVE).

Des projets germent au fil des échanges

La projection a rapidement nourri les discussions. Plusieurs participantes ont évoqué la possibilité de reproduire ce modèle au Cameroun en développant des unités locales de production de briquettes écologiques.

Pour certaines, ces initiatives pourraient devenir de véritables activités génératrices de revenus, notamment pour les femmes et les jeunes.

« Je me rends compte qu’avec les déchets ménagers, on peut déjà lutter contre la déforestation à notre niveau, transformer nos déchets ménagers et gagner de l’argent en même temps. C’est vrai que ce n’est pas un projet facile qui va se faire du jour au lendemain, mais quand on décide de s’y mettre, on y met de son temps, bien évidemment de l’argent, des recherches aussi », souligne Pauline Bibi, activiste environnementale.

D’autres voient dans cette filière un levier pour améliorer l’assainissement des villes tout en proposant une énergie de cuisson plus durable.

Produire ne suffit pas : le défi du marché

Si l’intérêt pour le charbon écologique est réel, les participantes ont rapidement identifié ce qui pourrait constituer le principal frein à son développement : la distribution.

Comment acheminer le produit jusqu’aux consommateurs ? Comment convaincre les ménages de changer leurs habitudes ? Quels circuits de commercialisation privilégier ? À quel prix vendre les briquettes pour qu’elles restent compétitives face au charbon traditionnel ?

Autant de questions qui ont animé les échanges.

« La valorisation des déchets organiques en charbon écologique, parfois relève une technicité qu’il faut maîtriser, une disponibilité en matériel, en connaissances, et en matière première. La destinée de la production de ce charbon écologique n’est pas pour l’endroit où cela a été produit. Le besoin est ailleurs, par exemple, dans les endroits où il y a un manque de bois, en zone désertique. En fait, les régions du Grand Nord, où il y a un manque d’arbres », relève Geneviève Ndjiki, présidente fondatrice d’Action for Sustainable Development (ASD).

Pour plusieurs intervenantes, la réussite de cette filière passera autant par la sensibilisation des consommateurs que par la structuration d’un véritable réseau de distribution impliquant producteurs, commerçants et collectivités locales.

Créer le besoin avant de créer le marché

Les échanges ont également mis en évidence un enjeu souvent sous-estimé : l’acceptabilité du produit.

Au-delà de ses performances énergétiques, le charbon écologique devra convaincre les ménages par sa facilité d’utilisation, son coût et sa disponibilité.

Pour les participantes, le développement de cette filière nécessitera des campagnes de sensibilisation, des démonstrations publiques, ainsi qu’un accompagnement technique et financier des porteurs de projets.

Un espace d’émergence des solutions locales

En favorisant le partage d’expériences venues d’autres pays africains, Café Ec(h)o confirme sa vocation de laboratoire d’idées autour des enjeux environnementaux et du développement durable.

Cette sixième session aura montré que les alternatives au charbon de bois ne manquent pas. Mais elle rappelle également que l’innovation ne s’arrête pas à la production. Pour que le charbon écologique trouve sa place dans les cuisines camerounaises, il faudra construire toute une chaîne de valeur, de la transformation des déchets jusqu’à la distribution, en passant par la sensibilisation des consommateurs.

Une réflexion qui ouvre de nouvelles perspectives pour une transition énergétique fondée sur des solutions locales, inclusives et adaptées aux réalités du terrain.

Judith Ndongo Ngoubè

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