À Kribi, les déchets organiques deviennent un levier pour une agriculture plus durable

Transformer les déchets organiques en ressources agricoles tout en sensibilisant les populations à une meilleure gestion de l’environnement. C’est l’ambition du projet « Valorisation des déchets organiques et promotion de l’agriculture durable dans la commune de Kribi II », mis en œuvre par l’association Action for Sustainable Development (ASD) avec l’appui du Programme GEF SGP/PNUD. Entre sensibilisation des communautés, collecte des déchets biodégradables et installation de pépinières maraîchères, l’initiative entend démontrer qu’une économie circulaire est possible à l’échelle locale

À Kribi , les déchets issus des ménages, des marchés ou des activités agricoles sont encore largement considérés comme des rebuts. Pourtant, une fois triés et valorisés, ils peuvent devenir une ressource précieuse pour la fertilisation des sols.

C’est sur cette conviction que repose le projet porté par Action for Sustainable Development. L’organisation accompagne les populations dans l’adoption de pratiques plus respectueuses de l’environnement, en mettant l’accent sur le tri à la source, la collecte des déchets biodégradables et leur transformation en compost.

« La production de déchets dans la ville de Kribi connaît une augmentation constante, alimentée par les activités des ménages, administrations, commerces et marchés. Cependant, la capacité de collecte reste largement insuffisante : sur environ 139 tonnes de déchets produits chaque jour, à peine 50 tonnes sont collectées. Cette irrégularité résulte notamment de l’accès difficile des camions de collecte, de l’insuffisance et de la mauvaise répartition des bacs à ordures et dépotoirs publics.

En conséquence, de nombreux dépôts sauvages se forment dans les communes de Kribi I et II, avec des déchets qui finissent souvent dans l’océan Atlantique, affectant négativement l’écotourisme, la salubrité urbaine et la santé publique.

En parallèle, Kribi  fait face à un défi de sécurité alimentaire. Les marchés locaux sont approvisionnés en produits issus d’une agriculture non durable, marquée par l’usage excessif d’engrais chimiques et de pesticides. Cette situation compromet la santé des consommateurs, exposés aux résidus chimiques, et contribue à la dégradation des sols et des écosystèmes côtiers », explique Geneviève Ndjiki, Coordonnatrice de l’association Action for Sustainable Development.

La sensibilisation comme point de départ

Avant toute phase de production, le projet mise sur l’information et la mobilisation des habitants.

Des séances de sensibilisation sont organisées afin d’expliquer les impacts environnementaux d’une mauvaise gestion des déchets, mais aussi les bénéfices économiques liés à leur valorisation.

Les échanges portent notamment sur les techniques de tri, la collecte des matières biodégradables et les principes du compostage.

« Face au double enjeu gestion inefficace des déchets et pratiques agricoles non durables, il apparaît urgent de mettre en place des solutions intégrées visant à valoriser les déchets organiques tout en améliorant la durabilité de la production agricole. Une telle démarche permettrait non seulement de réduire la pollution urbaine et marine, mais aussi de renforcer la sécurité alimentaire et les revenus des agriculteurs locaux », souligne Geneviève Ndjiki.

Des pépinières maraîchères pour démontrer l’efficacité du compost

L’une des étapes clés du projet est la mise en place de pépinières maraîchères.

Ces espaces serviront de sites de démonstration pour évaluer les performances du compost produit à partir des déchets organiques collectés. Les cultures permettront également d’illustrer les avantages d’une fertilisation naturelle sur la croissance des plantes et la qualité des récoltes.

Au-delà de leur fonction pédagogique, ces parcelles contribueront à la production agricole locale tout en encourageant les producteurs à adopter des pratiques plus durables.

Promouvoir une agriculture respectueuse de l’environnement

À travers cette initiative, ASD souhaite réduire la dépendance des agriculteurs aux engrais chimiques tout en améliorant la santé des sols.

Le projet contribue également à diminuer les volumes de déchets abandonnés dans l’environnement, limitant ainsi les nuisances sanitaires et les émissions liées à leur décomposition non contrôlée.

Pour les promoteurs, cette approche répond simultanément à plusieurs défis : la gestion durable des déchets, la sécurité alimentaire et l’adaptation des systèmes agricoles aux enjeux climatiques.

Une dynamique locale au service du développement durable

Soutenu par le GEF SGP/PNUD, le projet ambitionne de faire émerger un modèle reproductible dans d’autres communes.

En associant sensibilisation, démonstration et accompagnement des communautés, Action for Sustainable Development entend faire de la valorisation des déchets organiques un véritable moteur de développement local.

« Le projet proposé apporte une réponse intégrée à ces défis en promouvant la valorisation des déchets organiques à travers le compostage et leur utilisation dans l’agriculture maraîchère. En combinant gestion écologique des déchets, pratiques agroécologiques et création d’emplois verts, il vise à réduire les pollutions terrestres et marines, à restaurer la fertilité des sols, à renforcer la sécurité alimentaire et à améliorer les revenus des ménages. Ce modèle d’économie circulaire locale contribuera ainsi à plusieurs Objectifs de Développement Durable (ODD), notamment les ODD 2 (Faim zéro), 12 (Consommation et production responsables), 13 (Lutte contre les changements climatiques) et 15 (Vie terrestre) », conclut Geneviève Ndjiki.

À Kribi, cette initiative illustre une approche où la gestion des déchets ne relève plus seulement de l’assainissement, mais devient un outil de préservation des ressources naturelles, de renforcement de la production agricole et de promotion d’un développement plus durable.

Judith Ndongo Ngoubè


 

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