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De victime à leader : naissance de « Ma Bestie », le mentorat qui change tout

La lutte contre les violences basées sur le genre s’enrichie d’une initiative porteuse d’espoir : le lancement par la ministre de la Promotion de la Femme et de la Famille, Pr Marie Thérèse Abena Ondoa, du projet « Ma Bestie », en présence des représentants du Fonds des Nations Unies pour la Population (UNFPA). Un programme de mentorat dédié aux survivantes, imaginé et porté par Yvonne Flore Belema, ex-victime devenue actrice engagée pour le changement

Le projet « Ma Bestie » se présente comme un espace d’écoute, d’accompagnement et de reconstruction destiné aux femmes et filles ayant subi des violences. En mobilisant le pouvoir du mentorat, l’initiative vise à créer des liens de confiance entre survivantes et mentors, à renforcer l’estime de soi, à briser l’isolement et à encourager l’autonomie personnelle et économique.

Dans un discours empreint d’émotion, la promotrice du projet rappelle que la résilience peut devenir une force transformatrice. Son ambition, permettre à chaque survivante de retrouver sa voix, de se reconstruire et de reprendre le contrôle de sa vie, grâce à un accompagnement bienveillant et une solidarité féminine structurée.

« Ma Bestie c’est une femme forte qui accepte d’accompagner une autre femme qui a besoin d’âtre forte, à se relever, parce que ce fut aussi mon histoire. Si je n’avais pas été accompagnée par une femme forte, je ne serais pas celle que je suis aujourd’hui. Les femmes survivantes ont une sœur qui est à leur écoute, qui a choisi volontairement de les accompagner à se reconstruire. C’est le résultat d’un travail acharné avec mon partenaire UNFPA. La clef dans les violences c’est l’autonomisation, comme l’a souligné Madame le ministre. Nous avons pensé à un projet durable, parce que les AGR (Activités Génératrices de Revenus) que nous avions l’habitude de faire étaient des petits accompagnements de très courte durée. On s’est donc dit qu’il faut mettre en place un système qui permette à la femme d’apporter tous les jours à la maison, qu’elle soit financièrement indépendante, et qu’elle puisse mieux s’occuper d’elle et de ses enfants. Durant 3 ans, 2000 femmes seront formées dans les domaines de l’élevage, de l’agriculture, le fumage, la restauration d’application, une chambre froide. Nous avons accordé 1 hectare et demi pour la mise en œuvre de ce projet », indique Yvonne Flore Belema, avec enthousiasme.

Grâce à l’accompagnement du Fonds des Nations Unies pour la Population, le programme ambitionne d’offrir un accompagnement structuré, sensible au genre et adapté aux besoins réels des femmes et des filles affectées.

« En tant que partenaire de coopération avec le gouvernement du Cameroun, le Fonds des Nations Unies s’est engagé auprès du gouvernement, en particulier auprès du ministère de la Promotion de la Femme et de la Famille, pour que d’ici 2030, il y’ait zéro victime de violence basée sur le genre. C’est pourquoi aujourd’hui nous louons cet aboutissement du centre Afiri, qui nous donne beaucoup de fierté. Les femmes souffrent en silence parce qu’elles sont victimes de beaucoup de choses. Aujourd’hui nous avons l’opportunité avec le lancement de ce projet, que ces femmes soient soulagées, assistées », déclare Aymar Narodar Some, Représentant adjoint par intérim de l’UNFPA au Cameroun.

La ministre de la Promotion de la Femme et de la Famille salue une initiative citoyenne qui complète les efforts institutionnels en matière de prévention et de prise en charge des VBG. Le Pr Marie Thérèse Abena Ondoa insiste sur la nécessité de soutenir davantage les projets portés par les survivantes elles-mêmes, car ils apportent une réponse profondément humaine et ancrée dans la réalité.

« Il convient de relever qu’en dépit des résultats positifs enregistrés, on ne doit pas s’arrêter. Il faut remettre de l’énergie pour continuer le combat, voir plus grand, il faut s’attaquer à la violence, en opérationnalisant d’autres centre comme celui-ci à travers le pays, étant donné que la demande est supérieure à l’offre », signale la MINPROFF.

La cérémonie a été couplée à la célébration du premier anniversaire du centre Afiri (Espoir en Ewondo, langue locale du peuple Béti au Cameroun), qui offre des services d’aide psychologique, des formations en activités génératrices de revenus, des hébergements d’urgence et des activités récréatives aux femmes de la communauté. A ce jour, le centre Afiri compte 1540 femmes reçues en un an, dont des réfugiées. Plus de 300 femmes autonomisées, ainsi que plus de 5000 femmes et filles sensibilisées. Parmi elles, Marie-Claire, qui rappelle l’importance d’un soutien empathique, de l’écoute et de l’accompagnement personnalisé trouvé au centre Afiri.

« Je suis arrivée ici grâce à une dame qui a vu mon état de dépression. Quand je suis arrivée, j’ai passé un entretien, Madame Belema m’a soutenue financièrement. Avec son équipe, j’ai reçu des encouragements qui signifiaient que ce n’est pas la fin du monde, je peux me refaire. Grâce au gagne-pain que le programme m’a permis d’avoir, j’ai retrouvé le sourire que j’avais perdu, au point de penser au suicide », révèle la dame, dont l’histoire illustre la pertinence du mentorat comme outil de résilience et de transformation personnelle.

Au-delà du lancement officiel, c’est un véritable message d’espoir qui est partagé. Celui d’une société où les femmes ne sont pas seulement des survivantes, mais des leaders de transformation.

Judith Ndongo Ngoubè

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