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« 5 minutes de la paix » : Le pari de Viviane Nguimeya pour changer l’école

Et si cinq minutes suffisaient, chaque jour, pour faire entrer l’éducation à la paix dans les salles de classe ? C’est l’idée défendue par Viviane Nguimeya, auteure du Guide « Éducation à la paix et aux droits de l’Homme en milieu scolaire ». À travers le concept des « 5 minutes de la paix », elle propose une méthode simple, transversale et accessible à tous les enseignants, destinée à compléter les dispositifs éducatifs existants et à inscrire progressivement les valeurs de paix, de respect et de responsabilité dans le quotidien scolaire.

La simulation proposée par Viviane Nguimeya commence par une question apparemment simple : « Vous avez le droit d’aller à l’école, n’est-ce pas ? »

Les élèves sont invités à réfléchir à ce droit, puis à identifier la responsabilité qui l’accompagne.

« Vous avez certes le droit d’aller à l’école. Mais est-ce que vous savez qu’il y a une responsabilité qui est attachée à ce droit ? ».

Les réponses fusent. Une participante, dans le rôle de l’élève évoque le devoir de rapporter de bonnes notes à la maison. Une autre parle de l’obéissance envers ses parents et ses éducateurs.

Pour l’intervenante, l’objectif est précisément là : partir d’une situation connue des élèves pour les amener à comprendre que les droits ne sont pas isolés des responsabilités.

Le « droit du jour » devient alors un support de discussion : « J’ai le droit d’être envoyée à l’école ».

À ce droit correspondent notamment le respect de l’enseignant, le respect des parents, le respect des camarades et celui de l’environnement scolaire.

Une méthode qui s’insère dans le quotidien de la classe

Viviane Nguimeya ne présente pas les « 5 minutes de la paix » comme un nouveau programme destiné à remplacer ce qui existe déjà.

« Je ne viens pas dire qu’ici c’est vide. Je viens apporter ma petite contribution pour renforcer, pour soutenir ce que le système mis en place a déjà fait », souligne-t-elle.

La nuance est importante. L’idée consiste plutôt à fournir aux enseignants un outil commun, court et facilement mobilisable, quelle que soit la matière enseignée.

Un professeur de français, de mathématiques ou d’une autre discipline peut ainsi consacrer quelques minutes à une notion liée à la paix, aux droits humains, à la solidarité, au respect ou à la responsabilité.

L’enjeu est de faire de l’éducation à la paix non pas une activité exceptionnelle, mais une pratique régulière intégrée à la vie de la classe.

« Tous les enseignants deviennent des éducateurs à la paix »

Dans son intervention, Viviane Nguimeya fait référence à l’orientation portée par l’UNESCO depuis les années 2000 autour du rôle des enseignants dans l’éducation à la paix.

Mais une difficulté apparaît lorsqu’une telle responsabilité est formulée de manière très générale : comment demander à chaque enseignant de devenir un éducateur à la paix sans lui fournir une méthode concrète et facilement applicable ?

C’est à cette difficulté que les « 5 minutes de la paix » cherchent à répondre.

« Si on dit : tout le monde doit devenir éducateur à la paix, c’est un gros problème. Il y a des gens qui ne vont pas comprendre », selon elle.

La proposition consiste donc à décliner cette ambition en un geste pédagogique simple : cinq minutes, une idée, une discussion, une valeur à retenir.

Du droit à la responsabilité : une pédagogie participative

La simulation montre également que les « 5 minutes de la paix » ne reposent pas uniquement sur un discours descendant.

L’enseignant pose une question. Les élèves proposent des réponses. Certaines sont complétées, reformulées ou discutées collectivement.

Dans l’exemple consacré au droit à l’éducation, les notions de respect apparaissent progressivement : respect de l’enseignant, des parents, des camarades et de l’environnement.

Cette approche permet de partir de la parole des élèves pour construire le message pédagogique.

Le principe peut être résumé ainsi : un droit est présenté, les élèves identifient les responsabilités qui lui sont liées, puis la classe retient une idée essentielle.

Un format adaptable à toutes les disciplines

À 10 heures, un autre enseignant pourrait prendre le relais avec une technique différente.

Cette fois, le support pourrait être un proverbe sur la solidarité, une courte citation ou une situation de la vie quotidienne.

L’objectif reste le même : ouvrir un espace de réflexion sur une valeur liée à la paix.

Un proverbe peut ainsi servir de point de départ à quelques questions :

– Que signifie cette phrase ?

– Dans quelle situation pouvons-nous l’appliquer ?

– Comment la solidarité peut-elle contribuer à résoudre un conflit ?

– Que pouvons-nous faire, concrètement, dans notre classe ?

Le contenu change, mais le principe demeure : faire vivre l’éducation à la paix par de courtes séquences régulières.

« Le matraquage discursif » comme mécanisme de sensibilisation

Viviane Nguimeya insiste sur la répétition comme élément de sa démarche.

« J’ai toujours pensé que quand on matraque un discours dans l’esprit de quelqu’un, il finit par l’intégrer ».

Dans le cadre des « 5 minutes de la paix », cette répétition ne signifie pas répéter mécaniquement les mêmes paroles. Il s’agit plutôt de multiplier les occasions de parler de paix, de droits, de responsabilités et de vivre-ensemble.

Un jour, la classe peut réfléchir aux droits de l’enfant. Un autre jour, à la solidarité. Puis au respect, au dialogue, à la tolérance, à la protection de l’environnement ou encore à la résolution pacifique des conflits.

À force de revenir régulièrement sur ces notions, elles peuvent progressivement s’inscrire dans la culture quotidienne de l’établissement scolaire.

Une petite méthode pour une ambition plus large

Le concept des « 5 minutes de la paix » repose finalement sur un paradoxe : une ambition importante, mais un dispositif volontairement léger.

Il ne s’agit pas de transformer chaque cours en leçon d’éducation à la paix. Il s’agit de créer, dans chaque classe et avec chaque enseignant, un rendez-vous bref consacré à une valeur, un droit, une responsabilité ou une situation permettant de réfléchir au vivre-ensemble.

Pour Viviane Nguimeya, cette démarche est avant tout une contribution au système existant.

« Je viens seulement soutenir, je viens renforcer l’existant ».

Dans cette perspective, les cinq minutes deviennent moins une durée qu’un symbole : celui d’un temps suffisamment court pour être intégré à l’emploi du temps, mais suffisamment régulier pour faire de la paix un apprentissage quotidien.

Judith Ndongo Ngoubè

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