À l’occasion du dialogue inclusif consacré aux féminicides et à la reconstruction de la famille et de l’identité camerounaises, le directeur général de la National School of Local Administration (NASLA), Tanyitiku Enochachuo Bayee a présenté les initiatives engagées par son institution. Formation du personnel, identification des signaux d’alerte, prévention des violences basées sur le genre et implication des chefs traditionnels : la NASLA entend faire des collectivités territoriales des acteurs de premier plan dans la prévention des féminicides.
Pour le directeur général de la NASLA, la lutte contre les féminicides passe d’abord par la capacité à détecter suffisamment tôt les situations susceptibles de dégénérer.
L’enjeu est notamment de donner aux personnels des collectivités les outils nécessaires pour reconnaître les signes annonciateurs de violences et intervenir avant que la situation n’atteigne un point de non-retour.
« Un élément indispensable, un élément préventif pour outiller le personnel afin que l’on puisse très rapidement identifier les signaux d’alerte avant que l’irréparable ne se produise ».
Cette approche place ainsi la prévention en amont de la réponse judiciaire ou sociale, avec l’objectif de faire des collectivités des espaces capables de repérer et d’orienter les situations à risque.

Après la mobilisation, passer à l’action
Le directeur général de la NASLA rappelle la mobilisation nationale du 28 février, marquée par des manifestations publiques de solidarité envers les femmes victimes de féminicides, notamment à travers le port de vêtements rouges.
Mais pour l’institution, la sensibilisation ne peut constituer une fin en soi.
Le 4 septembre, la NASLA a ainsi organisé un atelier destiné à son personnel. Une initiative motivée par une réalité interne : environ 70 % de ses effectifs sont des femmes, tandis que les hommes représentent près de 30 %.
L’objectif était double : permettre aux collaboratrices de mieux identifier les situations de violence et sensibiliser les hommes aux comportements susceptibles de conduire à une escalade des tensions.
« Nous nous sommes dit : si rien n’est fait, tôt ou tard, soit nous allons avoir une victime qui est une de nos collaboratrices parce qu’elle n’aurait pas été outillée, soit parce que nous les hommes, n’avons pas été suffisamment sensibilisés sur la question ».

La prévention des violences intégrée dans la formation
La NASLA entend désormais inscrire cette problématique dans la durée.
L’institution a mis en place un programme consacré à la non-violence, à la prévention de la violence et aux questions de genre, avec des modules spécifiques sur les violences basées sur le genre.
L’ambition est de faire de ces contenus un élément régulier des différents cycles de formation dispensés par l’école.
Cette stratégie repose sur un principe : les personnels formés par la NASLA deviennent ensuite des relais au sein des collectivités territoriales décentralisées. Une fois sur le terrain, ils peuvent contribuer à la sensibilisation des populations, à la prévention des violences et à la mise en place de mécanismes locaux de prise en charge ou d’orientation.
Les collectivités comme relais de proximité
Pour la NASLA, l’action locale constitue un levier important dans la prévention des féminicides.
Les personnels des collectivités sont en effet en contact direct avec les populations. Leur proximité avec les communautés peut leur permettre de détecter certaines situations préoccupantes et de contribuer à une réponse plus rapide.
« Ces personnels que nous formons, une fois dans les collectivités, vu qu’ils sont le premier relais avec nos populations, puissent aussi faire de la sensibilisation, de la prévention, mais aussi mettre en place des mécanismes au sein des collectivités pour adresser la problématique de façon plus méthodique », explique le directeur général.
L’objectif est donc de faire passer la lutte contre les violences basées sur le genre d’une logique ponctuelle de sensibilisation à une démarche intégrée dans le fonctionnement quotidien des collectivités.

Les chefs traditionnels, nouveaux acteurs de la prévention
L’une des pistes identifiées lors du dialogue concerne également les autorités traditionnelles.
Le directeur général de la NASLA fait état d’échanges avec le président du Conseil national des chefs traditionnels du Cameroun. Ces discussions ont permis, selon lui, de mettre en lumière le rôle stratégique des chefs traditionnels dans la prévention communautaire.
Dans de nombreuses localités, les chefs disposent d’une connaissance fine des réalités sociales de leurs communautés.
« Le relais communautaire, d’abord, c’est le chef traditionnel, qui sait tout ce qui se passe, qui sait qui fait quoi à qui dans son village ».
Pour la NASLA, il s’agit désormais de renforcer les capacités de ces autorités afin qu’elles puissent intervenir davantage dans la prévention des violences, plutôt que de demeurer de simples observateurs.
« Si nous pouvons capaciter aussi les chefs traditionnels à être des acteurs et non plus des observateurs passifs de la question, on pourrait dès la base prévenir la survenance des féminicides ».
Cette approche donne ainsi une nouvelle dimension au rôle des autorités traditionnelles : celle de sentinelles communautaires capables de contribuer à l’identification précoce des situations à risque.
Une action collective sur trois à cinq ans
Pour le directeur général de la NASLA, la lutte contre les féminicides ne peut produire des résultats durables qu’à travers une mobilisation de l’ensemble des acteurs.
Institutions publiques, collectivités territoriales, personnels administratifs, autorités traditionnelles et communautés sont appelés à intégrer cette problématique dans leurs missions respectives.
L’ambition affichée s’inscrit dans le moyen terme, avec un horizon de trois à cinq ans.
« D’ici horizon 3 à 5 ans, si nous vivons une baisse consistante des féminicides, que ce soit aussi dû à l’action de tous ces acteurs ».
Cette vision repose sur une responsabilité partagée : chaque institution devrait, selon ses compétences et ses moyens, examiner comment intégrer la prévention des violences faites aux femmes dans son fonctionnement et son cahier des charges.

De la mobilisation à une culture permanente de prévention
À travers son implication dans le dialogue inclusif de Yaoundé, la NASLA entend ainsi inscrire la lutte contre les féminicides dans une perspective de long terme.
L’enjeu n’est plus seulement de réagir après la commission d’un acte violent, mais de construire des mécanismes permettant de repérer les signaux d’alerte, former les acteurs de proximité, sensibiliser les communautés et mobiliser les autorités traditionnelles.
La démarche défendue par la NASLA s’appuie donc sur un triptyque : former, prévenir et agir localement.
Une stratégie dont l’efficacité devra, à terme, être appréciée à travers des résultats concrets sur l’évolution des violences faites aux femmes et des féminicides au Cameroun.
Judith Ndongo Ngoubè
