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De la participation à l’influence : les acteurs non étatiques au cœur de la transformation des systèmes agroalimentaires au Cameroun

Du 26 au 28 août 2026, Care International Cameroun, en collaboration avec le Comité pilote des Acteurs non étatiques du Programme Détaillé de Développement de l’Agriculture Africaine au Cameroun (CAADP), la GIZ et le Point focal CAADP du Minader, organise, dans le cadre de la Déclaration de Kampala, un atelier Learning Lab et de formation des formateurs consacré au renforcement de la participation et de l’influence des acteurs non étatiques dans la gouvernance des systèmes agroalimentaires, sous le thème « De la participation à l’influence : construire une gouvernance des systèmes agroalimentaires responsable, inclusive et transformatrice. » Un thème qui réunit à Yaoundé différentes catégories d’acteurs : organisations professionnelles agricoles, société civile, jeunes, femmes, médias, autorités traditionnelles, parlementaires et autres parties prenantes des systèmes agroalimentaires. Au-delà de la simple présence autour des tables de concertation, l’enjeu est désormais de permettre aux acteurs non étatiques (ANE) de produire des propositions pertinentes, influencer les politiques publiques et participer efficacement aux mécanismes de décision et de redevabilité liés au CAADP

Dans les processus de gouvernance agricole, être invité à une réunion ne signifie pas nécessairement avoir une influence sur les décisions. C’est précisément l’un des constats qui justifie l’organisation de ce Learning Lab.

Une étude réalisée avec l’appui de Care International et de la GIZ a mis en évidence plusieurs insuffisances qui limitent l’engagement effectif des acteurs non étatiques dans les processus du CAADP. Parmi celles-ci figurent les capacités limitées en matière d’analyse des politiques publiques, de plaidoyer budgétaire, de production de données probantes et de mécanismes de redevabilité.

À cela s’ajoutent des difficultés liées à la construction de coalitions et à la participation aux principaux processus du CAADP, notamment les Revues sectorielles conjointes (JSR) et les Revues biennales (BR).

« En réalité, les gouvernements nous invitaient à la table des discussions, nous y étions présents, mais nous ne prenions pas toujours la parole de manière à apporter des contributions susceptibles de provoquer de véritables changements dans le système », regrette Chikondi Chabvuta, présidente continentale du Groupe des acteurs non étatiques du CAADP, venue du Malawi.

L’objectif de l’atelier est donc de transformer ces faiblesses en capacités opérationnelles.

 Influencer les décisions et les budgets

L’un des enjeux majeurs de la rencontre est le plaidoyer budgétaire. Les politiques agricoles ne peuvent produire des résultats durables sans ressources financières adaptées et sans mécanismes permettant aux citoyens et aux organisations concernées de suivre l’utilisation de ces ressources.

Le renforcement des compétences des ANE doit ainsi leur permettre de mieux analyser les politiques et les budgets, de documenter les besoins des communautés et de formuler des propositions fondées sur des données probantes.

Comme l’explique Miriam Stein Mezui, Directrice des programmes à Care International Cameroun,

« Ils vont être engagées de manière générale dans la redevabilité, c’est-à-dire comment les acteurs non étatiques documentent ce qui se passe au niveau local, et remontent vers les acteurs qui prennent les décisions. Ils seront aussi formés sur tout ce qui est composer des messages de plaidoyer, porter des messages de plaidoyer, comment faire le suivi et l’évaluation du processus, et encore plusieurs modules plus détaillés ».

Cette capacité d’influence est particulièrement importante dans un secteur qui touche directement la production, la transformation, la commercialisation et la disponibilité des aliments.

Une gouvernance qui se veut inclusive

L’atelier s’inscrit également dans une volonté d’élargir la participation à l’ensemble des composantes des systèmes agroalimentaires.

Femmes, jeunes, producteurs, organisations professionnelles, société civile, médias, autorités traditionnelles, parlementaires et autres acteurs sont appelés à mieux comprendre leur rôle dans le processus.

Cette approche repose sur un principe : la transformation des systèmes agroalimentaires ne peut être portée uniquement par les pouvoirs publics. Elle nécessite la participation active de ceux qui produisent, transforment, commercialisent, consomment et observent les réalités du terrain.

L’enjeu est donc de passer d’une participation parfois symbolique à une participation capable d’influencer concrètement les orientations, les programmes et les investissements.

« Il ne s’agit pas uniquement du maillon agriculture, mais comment est-ce que sur le cluster toutes les personnes sont engagées, pour qu’on puisse avoir une réelle agriculture résiliente. Ça veut dire quoi ? Que ce soit ceux qui sont dans la semence, dans la transformation, dans tout ce qui est recherche et développement, dans la finance, dans l’assurance. Vraiment, c’est une approche cluster que le programme vise à avoir, qui va permettre d’intégrer, afin qu’on puisse avoir des résultats beaucoup plus probables. Et la différence, peut-être, entre la formation qu’on aura aujourd’hui et d’autres précédentes, c’est qu’on va apprendre à tous les formateurs, tous les acteurs non étatiques, à travailler et consigner la donnée », précise Christelle Jackson Ndongou, membre du comité pilote pour l’implémentation du CAADP au Cameroun.

Le comité pilote, une étape vers une plateforme permanente

Au Cameroun, le processus prévoit également la consolidation d’un cadre permettant aux acteurs non étatiques de mieux se structurer.

Kuh Emmanuel, président de la Plateforme Nationale des Organisations Professionnelles Agro-Sylvo-Pastorales et Halieutiques du Cameroun (PLANOPAC) et président élu du comité de pilotage chargé de mettre en place la plateforme des acteurs non étatiques au Cameroun, rappelle que le comité pilote a pour mission de travailler pendant une période de douze mois.

L’objectif final est de parvenir à la mise en place d’une plateforme permanente des acteurs non étatiques au Cameroun, capable de porter durablement leur voix dans les différents mécanismes du CAADP.

« Ensemble, nous devons pouvoir atteindre les objectifs du programme Kampala CADEP, qui a été validé par l’ensemble des présidents africains. Pendant ces trois jours, nous bénéficions du soutien de CARE Cameroun et de la GIZ, qui nous accompagnent afin de permettre aux participants de prendre part aux travaux dans de bonnes conditions et, ensuite, de retourner dans leurs communautés avec ces nouvelles informations et connaissances. Notre principale attente est que les participants s’approprient le processus et les actions du Kampala CAADP au Cameroun. Lorsqu’ils auront véritablement compris et approprié ce processus, nous savons qu’ils pourront contribuer efficacement à sa mise en œuvre et à sa réussite », souligne Kuh Emmanuel.

L’un des défis de cette rencontre sera de dépasser la formation théorique. Les participants doivent repartir avec des outils et des méthodes directement utilisables dans leurs organisations.

Analyse des politiques, production et utilisation des données, plaidoyer, mobilisation citoyenne, construction de coalitions, suivi budgétaire et participation aux mécanismes de revue constituent autant de compétences nécessaires pour renforcer l’influence des ANE.

L’ambition est également de favoriser la circulation de l’information entre les différents acteurs et de créer des alliances capables de porter des messages communs auprès des décideurs.

Judith Ndongo Ngoubè

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