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Pêche illicite au Cameroun : Le poison qui menace les assiettes et la santé des consommateurs

Derrière les pratiques de pêche illicite se cache une menace sanitaire encore insuffisamment mise en lumière. L’utilisation de substances toxiques, notamment le cyanure et certains poisons, peut contaminer les ressources halieutiques destinées à la consommation humaine. Pour Ysaac Chavely Mbile Nguema, responsable du programme Pêche et Économie bleue à African Marine Conservation Organization (AMCO), la lutte contre la pêche illicite doit aussi être envisagée comme un impératif de protection de la santé publique.

Le poisson occupe une place importante dans l’alimentation des ménages camerounais. Source de protéines et élément essentiel de nombreuses habitudes alimentaires, il peut toutefois devenir une source de préoccupation lorsque sa capture fait appel à des méthodes interdites et potentiellement dangereuses pour la santé.

La pêche à la dynamite, au cyanure ou à l’aide de substances toxiques constitue une menace pour les écosystèmes aquatiques. Au-delà des dommages environnementaux, ces pratiques soulèvent également des interrogations sur la sécurité sanitaire des produits halieutiques consommés par les populations.

Dans une interview consacrée aux enjeux de la pêche au Cameroun, Ysaac Chavely Mbile Nguema, responsable du programme Pêche et Économie bleue à AMCO, attire l’attention sur cette dimension souvent négligée de la pêche illicite : les risques auxquels les consommateurs peuvent être exposés lorsque des poissons sont contaminés par des substances dangereuses.

« Le poison qui va dans les poissons va naturellement se retrouver sur les tables des consommateurs », avertit-il.

Cette déclaration met en évidence une préoccupation majeure : les conséquences de certaines pratiques de pêche ne s’arrêtent pas au lieu de capture. Elles peuvent concerner toute la chaîne alimentaire, de l’exploitation des ressources aquatiques jusqu’à la consommation.

Cyanure, dynamite et produits toxiques : des pratiques aux conséquences potentiellement graves

Toutes les méthodes de pêche illicite ne présentent pas les mêmes risques sanitaires. Toutefois, celles qui impliquent l’utilisation de substances chimiques toxiques peuvent entraîner une contamination de l’environnement aquatique et exposer les populations à des dangers.

Le cyanure, notamment, est une substance hautement toxique. Quant aux explosifs, ils peuvent provoquer des dégâts considérables sur les habitats aquatiques et détruire des organismes qui contribuent à l’équilibre des écosystèmes.

Le risque pour la santé humaine dépend notamment de la substance utilisée, de sa concentration, des conditions de contamination et de l’exposition. Il serait donc prématuré d’affirmer que tous les poissons issus de pratiques de pêche illicite sont contaminés ou provoquent systématiquement des maladies. La présence éventuelle de contaminants doit être établie par des analyses appropriées.

Pour autant, l’absence de données systématiques ne doit pas conduire à minimiser les risques. La prévention, la surveillance des produits halieutiques et le contrôle des pratiques de pêche constituent des leviers essentiels pour protéger les consommateurs.

La santé publique, un nouvel argument pour renforcer la lutte contre la pêche illicite

Pour AMCO, la lutte contre la pêche illicite, non déclarée et non réglementée ne se limite pas à la préservation des ressources halieutiques ou à la défense des intérêts économiques du secteur. Elle concerne également la protection des populations.

Depuis 2022, l’organisation accompagne le gouvernement camerounais dans ses efforts de lutte contre ces pratiques, notamment à travers le projet Stop IUU Fishing in Cameroon, mené avec le ministère de l’Élevage, des Pêches et des Industries animales (MINEPIA) et des partenaires.

L’amélioration du cadre réglementaire constitue une étape importante. Mais l’efficacité de la lutte dépend également de l’application des textes, des contrôles sur le terrain, de la sensibilisation des pêcheurs et de la responsabilisation de l’ensemble des acteurs de la filière.

La formation des journalistes représente, à cet égard, un levier stratégique. En relayant une information accessible et rigoureuse, les médias peuvent contribuer à faire comprendre que la pêche illicite n’est pas uniquement une infraction économique ou environnementale. Certaines de ses pratiques peuvent aussi soulever des enjeux directs de sécurité sanitaire.

« Les conséquences de certaines pratiques de pêche dépassent le milieu aquatique et peuvent concerner directement les consommateurs », résume l’expert.

Informer, contrôler et prévenir pour protéger les consommateurs

La protection de la santé des consommateurs exige une approche coordonnée. Les autorités compétentes doivent pouvoir surveiller les pratiques de pêche, contrôler les produits commercialisés et, lorsque cela est nécessaire, faire analyser les poissons susceptibles d’être contaminés.

Les professionnels du secteur ont également un rôle à jouer en respectant la réglementation et en renonçant aux méthodes de capture dangereuses. De leur côté, les consommateurs doivent pouvoir accéder à des produits halieutiques sûrs, grâce à des dispositifs de contrôle et de traçabilité efficaces.

Il importe néanmoins de rappeler qu’un poisson d’apparence normale n’est pas nécessairement exempt de contaminants chimiques. La cuisson ne garantit pas non plus l’élimination de toutes les substances toxiques. En cas de suspicion de contamination, des contrôles sanitaires adaptés sont indispensables.

Le message porté par Ysaac Chavely Mbile Nguema est donc essentiel : la lutte contre les pratiques de pêche dangereuses doit intégrer pleinement la dimension sanitaire. Car préserver les ressources halieutiques, c’est aussi contribuer à protéger les consommateurs et à renforcer la confiance dans les produits issus de la pêche camerounaise.

« La lutte contre la pêche illicite doit aussi être envisagée comme un impératif de protection de la santé publique », précise-t-il.

Au-delà des textes et des engagements institutionnels, l’enjeu est de faire de la sécurité des aliments une priorité collective. La lutte contre la pêche illicite ne pourra produire tous ses effets que si la préservation de l’environnement, la responsabilité des acteurs et la protection de la santé publique avancent ensemble.

Judith Ndongo Ngoubè

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