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Dans la Lékié, Ursule Biloa Mvogo transforme les déchets plastiques en bijoux et en opportunités

À Monatélé, dans le département de la Lékié, région du Centre Cameroun, Ursule Biloa Mvogo a fait des déchets plastiques une matière première. Présidente de l’association Ngoan I Mbokani, cette artisane accompagne des femmes rurales dans la fabrication de bijoux et d’objets décoratifs à partir de bouteilles usagées. Une initiative qui conjugue protection de l’environnement, économie circulaire et autonomisation économique des femmes.

Dans les villages de la Lékié, les bouteilles et autres emballages plastiques jonchent encore les champs, les rigoles et les abords des habitations. Pour Ursule Biloa Mvogo, ce constat est devenu le point de départ d’une nouvelle activité.

Artisane de formation et engagée depuis plusieurs années auprès des femmes rurales dans les activités génératrices de revenus, elle travaille depuis environ deux ans à la valorisation des déchets plastiques.

« J’ai constaté qu’au champ, les femmes jettent les bouteilles et les déchets plastiques partout », raconte-t-elle. Plutôt que de considérer ces objets comme de simples détritus, elle a choisi de les récupérer et de les transformer.

Bouteilles d’eau, contenants de vinaigre, flacons de produits ménagers et bouchons deviennent ainsi des éléments de décoration ou des accessoires de mode.

Des déchets transformés en accessoires de mode

Sur son stand au centre commercial Playce à Yaoundé, aménagé à la faveur du World Clean Up Day 2026, impossible de manquer les créations réalisées à partir de matériaux récupérés. Colliers, bracelets, boucles d’oreilles, chapeaux, pots de fleurs, guirlandes et autres objets décoratifs témoignent de l’imagination de l’artisane et de son équipe.

Les bouteilles sont découpées, travaillées puis associées à des perles pour donner naissance à des pièces originales.

Même les bouchons trouvent une seconde vie. « On n’a rien jeté », explique Ursule Biloa Mvogo en présentant les différents éléments récupérés.

L’une de ses créations les plus remarquées reste une robe confectionnée à partir de déchets plastiques. Une pièce qui lui a valu des réactions parfois moqueuses à ses débuts.

« On m’a même traitée de folle », se souvient-elle. Lorsqu’elle se rendait dans les poubelles pour récupérer des bouteilles, certains se demandaient ce qu’elle pouvait bien vouloir en faire.

Aujourd’hui, cette matière autrefois méprisée lui permet de créer et de vendre.

L’économie circulaire au service de l’autonomisation

Derrière cette démarche environnementale se trouve également un objectif social : permettre aux femmes rurales de générer leurs propres revenus.

Ursule Biloa Mvogo a notamment organisé des activités de formation dans les villages afin d’initier les femmes à la transformation des déchets plastiques. Dans certains villages, les participantes confectionnent désormais elles-mêmes des bijoux.

Pour l’artisane, cette activité participe directement à l’autonomisation économique des femmes.

« Ça rentre toujours dans l’autonomisation de la femme », explique-t-elle, convaincue que la transformation des déchets peut devenir une véritable activité génératrice de revenus.

Les premières ventes constituent pour elle un encouragement. « Les déchets plastiques, c’est de l’argent », affirme-t-elle, en soulignant qu’elle a déjà vendu plusieurs de ses créations.

Une association pour étendre l’initiative dans la Lékié

Ursule Biloa Mvogo n’agit pas seule. Elle préside de Ngoan I Mbokani, une association qui rassemble des femmes engagées dans le développement durable.

L’ambition est désormais de sortir du cadre de son atelier et d’étendre progressivement l’initiative aux différents arrondissements du département de la Lékié.

L’objectif est double : sensibiliser les populations à la nécessité de ne plus jeter les plastiques dans la nature et récupérer ces déchets afin de les transformer.

Dans les villages, l’association souhaite notamment installer des bacs de collecte. Les populations pourraient y déposer les bouteilles et autres déchets plastiques, qui seraient ensuite récupérés pour être valorisés.

Le manque de matériel freine encore les ambitions

Malgré l’enthousiasme et les résultats obtenus, les obstacles restent nombreux.

Le principal problème concerne l’accès à du matériel adapté. Pour certaines étapes de fabrication, les artisanes doivent encore utiliser des moyens rudimentaires ou des produits qui ne sont pas conçus pour ce type de travail.

« Nous n’avons pas d’appareil approprié », déplore-t-elle, citant notamment les difficultés liées au collage et au perçage des bouteilles.

Avec davantage d’équipements, les possibilités de création seraient considérablement élargies. Ursule Biloa envisage notamment de produire des sacs à main et d’autres accessoires.

La collecte constitue l’autre défi majeur. Sans bacs disponibles dans les villages, les déchets continuent de se retrouver dans la nature, compliquant leur récupération.

Sensibiliser pour mieux collecter et mieux valoriser

Pour la présidente de Ngoan I Mbokani, la transformation ne peut fonctionner sans une véritable prise de conscience des populations.

Elle veut donc associer sensibilisation, collecte et valorisation. Le message adressé aux habitants est simple : ne plus jeter les bouteilles au sol, mais les déposer dans des points de collecte.

Cette organisation permettrait d’alimenter régulièrement les ateliers en matière première tout en réduisant la présence des déchets plastiques dans l’environnement.

Dans la Lékié, l’initiative d’Ursule Biloa Mvogo montre ainsi qu’une bouteille abandonnée peut devenir bien plus qu’un déchet. Entre les mains des artisanes, elle peut se transformer en bijou, en objet décoratif ou en source de revenus.

L’enjeu est désormais de donner à cette dynamique les moyens de changer d’échelle.

Judith Ndongo Ngoubè

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