ONU Femmes Cameroun : les acteurs réunis pour dessiner la stratégie 2027-2031

Égalité de genre, autonomisation économique, accès au foncier, violences basées sur le genre et protection des droits des femmes : les priorités sont sur la table. À Yaoundé, ONU Femmes consulte pendant deux jours le gouvernement, la société civile, les collectivités territoriales et ses autres partenaires pour construire son nouveau cadre stratégique 2027-2031.

Quel visage pour l’action d’ONU Femmes au Cameroun au cours des cinq prochaines années ? La réponse se construit autour d’une même table.

Pendant deux jours, les principaux acteurs engagés en faveur des droits des femmes et de l’égalité entre les sexes prennent part à une consultation destinée à alimenter le prochain cycle stratégique d’ONU Femmes, prévu pour la période 2027-2031.

Représentants du gouvernement, organisations de la société civile, collectivités territoriales décentralisées, réseaux de femmes et de jeunes, personnes vivant avec un handicap, agences de coopération et partenaires au développement sont invités à faire entendre leur voix.

L’objectif est clair : identifier les priorités du prochain cycle à partir des réalités vécues sur le terrain et des priorités nationales du Cameroun.

ONU Femmes veut partir des réalités du terrain

Pour Marie-Pierre Raky Chaupin, représentante résidente d’ONU Femmes au Cameroun, cette consultation doit permettre de ne laisser aucune catégorie d’acteurs en marge de la réflexion.

« Nous voulons consulter l’ensemble des acteurs clés et des partenaires du Cameroun sur les questions d’égalité des sexes et d’autonomisation des femmes », explique-t-elle.

La démarche se veut participative. Les propositions formulées au cours des travaux doivent être transformées en recommandations, puis intégrées aux priorités d’ONU Femmes pour la période 2027-2031.

Une manière, pour l’agence onusienne, de faire en sorte que sa prochaine stratégie réponde non seulement aux engagements internationaux, mais aussi aux besoins spécifiques des femmes et des jeunes filles camerounaises.

Égalité femmes-hommes : le gouvernement appelle à mieux coordonner les actions

Du côté du gouvernement, cette concertation est perçue comme une opportunité pour faire le bilan du cycle précédent et préparer la suite.

Représentant le ministre de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du Territoire, Kaghere Ripa Palimatou, conseiller technique n°3 au MINEPAT, insiste sur l’importance de l’alignement des interventions d’ONU Femmes sur les priorités nationales.

Elle apporte notamment une précision sur la relation entre le gouvernement et l’agence des Nations unies :

« Le gouvernement n’accompagne pas ONU Femmes, c’est ONU Femmes qui accompagne le gouvernement et qui s’approprie les priorités nationales »

La perspective de la fin de la Stratégie nationale de développement à l’horizon 2030 constitue, selon lui, une occasion de revisiter les priorités et d’intégrer les problématiques nouvelles apparues depuis l’élaboration de la stratégie.

L’enjeu : éviter que les politiques d’égalité de genre restent figées face à des réalités sociales, économiques et sécuritaires qui évoluent.

Accès des femmes à la terre : les collectivités veulent capitaliser sur les acquis

Sur le terrain, les collectivités territoriales entendent également faire entendre leur expérience.

Tina Annir Dieudonné, maire de la commune de Yoko, évoque les résultats enregistrés dans le cadre de l’accompagnement d’ONU Femmes auprès de plusieurs communes bénéficiaires du projet d’aménagement de la Nationale 15.

Parmi les actions mises en avant figure la sécurisation foncière des femmes. Une cinquantaine de procédures d’obtention de titres fonciers seraient actuellement en cours.

L’accompagnement a également concerné l’établissement ou la régularisation d’actes de naissance pour des enfants issus de familles défavorisées, ainsi que le développement d’activités économiques locales.

Des unités de transformation et des infrastructures d’élevage ont notamment été construites, avec des équipements encore attendus.

Pour le maire de Yoko, le prochain cycle doit permettre de franchir une nouvelle étape : passer de projets soutenus par les partenaires à une appropriation plus forte par les collectivités.

« Les collectivités ne vont pas seulement attendre les ressources qui viennent des bailleurs de fonds », soutient-il, appelant à explorer davantage les ressources propres des communes et la duplication des initiatives dans d’autres territoires.

Violences basées sur le genre : les femmes juristes réclament une loi spécifique

Mais derrière les questions d’autonomisation et de développement économique, une urgence demeure : la protection des femmes contre les violences.

Pour Yvonne Léopoldine Akoa, présidente de l’Association camerounaise des femmes juristes (ACAFEJ), les violences basées sur le genre restent une préoccupation majeure.

L’association, qui regroupe notamment des magistrates, avocates, notaires, juristes d’entreprise et universitaires, entend mettre son expertise au service de la défense des droits des femmes.

Sur le terrain, les sollicitations sont nombreuses.

« Il ne se passe pas un jour où à l’ACAFEJ nous ne recevions une femme qui se plaint », affirme-t-elle, évoquant notamment les violences au sein des foyers.

La période de rentrée scolaire peut, selon elle, exacerber certaines tensions familiales en raison de la pression financière liée aux dépenses scolaires.

Face à cette situation, la revendication de l’ACAFEJ est sans ambiguïté « Nous avons besoin d’une loi sur les violences basées sur le genre », martèle la présidente. :

Une stratégie 2027-2031 face aux nouveaux défis

Les deux jours de consultation doivent donc permettre de dresser un diagnostic mais surtout de dégager des réponses.

Droits des femmes, égalité femmes-hommes, autonomisation économique, accès au foncier, justice, lutte contre les violences basées sur le genre, inclusion des personnes vivant avec un handicap et participation des femmes au développement local : les problématiques sont nombreuses.

La prochaine stratégie devra également tenir compte des évolutions intervenues depuis l’élaboration des politiques nationales actuelles.

Pour ONU Femmes, l’objectif est de transformer les expériences et recommandations recueillies auprès des partenaires en une feuille de route concrète pour les cinq prochaines années.

Du dialogue aux actions concrètes

Cette consultation intervient ainsi à un moment charnière. Elle doit permettre de tirer les leçons des interventions passées tout en identifiant les leviers susceptibles d’accélérer les progrès en matière d’égalité de genre au Cameroun.

Le défi sera désormais de traduire les recommandations issues de ces échanges en actions concrètes, coordonnées et mesurables.

Car au-delà des stratégies et des documents de planification, les acteurs réunis à Yaoundé partagent une même ambition : faire en sorte que les droits des femmes et des jeunes filles deviennent davantage une réalité dans les territoires et dans les communautés.

2027-2031 se prépare donc dès aujourd’hui. Et cette fois, les acteurs de terrain veulent être au cœur de la définition de la feuille de route.

Judith Ndongo Ngoubè

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