Au Cameroun, la mangrove recule sous l’effet de la coupe du bois, du fumage du poisson, de l’urbanisation et des pollutions. Pourtant, cet écosystème est indispensable à la biodiversité, à la protection du littoral et à la survie de nombreuses communautés. Sa restauration est désormais une urgence écologique autant qu’un enjeu social
En quelques décennies, les mangroves camerounaises auraient perdu une part considérable de leur superficie, passant d’environ 600 000 hectares à moins de 200 000 hectares. Derrière cette dégradation, le fumage du poisson occupe une place importante, les populations utilisant massivement le bois de mangrove comme combustible.
« Cette dégradation est accompagnée par diverses formes de pollution dont la pollution plastique, chimique et industrielle. Toute ces pressions entraînent une perte de biodiversité et des services écosystémiques de la mangrove », préciseEugène Diyouke Mibog, Coordonnateur par intérim et Chargé de programmes à la Cameroon Wildlife Conservation Society (CWCS).
Mais interdire la coupe ne suffit pas. Pour les communautés riveraines, cette ressource répond souvent à un besoin économique immédiat. La véritable solution consiste donc à réduire la pression tout en proposant des alternatives, comme la conservation et la gestion durable. Selon l’expert,
« La conservation fait surtout référence à la mise en défens de certains espaces et la gestion communautaire d’autres. En termes d’espaces de conservation pure, on peut citer à ce jour les mangroves se trouvant dans les aires marines protégées (AMP) de Douala-Edéa (environs 40000ha) et de Manyangue na Elombo Campo. Le futur parc national marin de Rio del Rey est en cours de création et abritera près de 50000ha de mangroves.
En termes de gestion communautaire, trois forêts communautaires de mangroves sont créées dont deux à Manoka et une à Bimbia. D’autres sont en cours de création dont une à Mouanko et une autre à Dibombari. Une forêt communale de mangroves est également en cours de création dans les communes de Bamusso et Ekondo-Titi. Pour ce qui est des approches de gestion durable des mangroves, elles incluent la sensibilisation continue des populations sur l’importance de la mangrove, la promotion des pratiques durables d’exploitation du bois de mangrove telles que la rotation dans les zones d’exploitation, la collecte du bois mort et l’exploitation des arbres ayant atteint un diamètre minimum d’exploitabilité ».
Des solutions qui prennent racine
Les fumoirs améliorés, notamment les modèles Chokor et Morrisson, peuvent réduire fortement la consommation de bois tout en améliorant les conditions de travail. La création de forêts communautaires, la protection de certaines zones et les opérations de restauration participative constituent également des pistes encourageantes.
« La particularité de ces fumoirs est qu’ils réduisent de près de 2/3 la consommation du bois utilisé pour le fumage de poisson, protègent les fumeuses du contact direct avec la chaleur et la fumée et réduisent le temps de fumage. Ils allaient efficacité, hygiène et sécurité », souligne Eugène Diyouke Mibog
Depuis 2022, le projet CAMERR contribue notamment à la restauration de mangroves dégradées, avec l’ambition de reboiser au moins 1 000 hectares et d’impliquer régulièrement les populations locales.
« La participation des communautés est à deux niveaux : elle peut être volontaire, moyennant une petite motivation à la fin de l’activité, ou pécuniaire, payée à la tâche ou journalièrement. Dans le cadre du projet CAMERR, 50 à plus de 120 personnes sont impliquées chaque année depuis le début du projet (2022) », signale le Coordonnateur par intérim et Chargé de programmes à la CWCS.
Restaurer autrement
La mangrove ne se sauvera pas uniquement avec des plants. Elle se sauvera aussi par une meilleure gestion des ressources, la lutte contre les pollutions, la sensibilisation et surtout l’implication des communautés.
Le Cameroun dispose déjà de cadres de conservation, d’engagements internationaux et de plusieurs initiatives de terrain. L’enjeu est désormais de transformer ces engagements en résultats durables.
Préserver la mangrove, ce n’est donc pas seulement sauver des palétuviers. C’est préserver une biodiversité, protéger le littoral et garantir aux communautés côtières les moyens de vivre demain.
Judith Ndongo Ngoubè
