Le futur plan stratégique quinquennal d’ONU Femmes Cameroun se construira avec celles qui vivent les réalités du terrain. Réunies le 29 Juin 2026 à l’initiative de l’agence onusienne, des femmes vivant avec le VIH, venues de plusieurs régions du Cameroun, ont partagé leurs expériences, leurs difficultés et leurs attentes. Un dialogue franc auquel ont pris part le Représentant résident d’ONUSIDA au Cameroun, Taoufik Bakkali, ainsi que des experts des Nations Unies, de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), du Ministère de la Promotion de la Femme et de la Famille (MINPROFF), et du Ministère des Affaires Sociales (MINAS), dans une démarche visant à renforcer le plaidoyer en faveur de politiques publiques plus inclusives et plus efficaces
Les défis auxquels font face les femmes vivant avec le VIH ne se limitent pas aux questions de santé. Ils englobent également les discriminations, les violences basées sur le genre, la précarité économique, les difficultés d’accès aux soins, ainsi que les obstacles à leur pleine participation à la vie sociale et professionnelle.
« Ce sont des facteurs sociétaux. Nous savons tous malheureusement la place que la femme occupe dans nos sociétés, où on a plutôt tendance à les mettre en dessous des hommes. Elles ne sont pas en position de décision et cela les rend beaucoup plus vulnérables dans la mesure où elles sont dépendantes économiquement. L’une des mesures qui servirait véritablement à changer cet état de fait est l’autonomisation des femmes, ce qui leur donnera le pouvoir de décision qui les rendrait beaucoup moins dépendantes dans la société », explique Ahmet Secka, Médecin en chef du Dispensaire des Nations Unies à Yaoundé.

Consciente de cette réalité, ONU Femmes Cameroun a choisi d’écouter directement les principales concernées. L’atelier d’échanges organisé le 29 Juin 2026 s’inscrit dans le processus d’élaboration de son nouveau plan d’action quinquennal, avec l’ambition de bâtir des interventions mieux adaptées aux besoins exprimés par les bénéficiaires elles-mêmes.
« L’enjeu est de nous assurer que nous donnons la parole aux vraies actrices, c’est-à-dire les femmes vivant avec le VIH, que nous les écoutons, que nous soyons en mesure de comprendre leurs problèmes, les défis auxquels elles font face, dans la perspective de bien prendre en compte ces défis-là dans la planification de nos priorités pour notre prochain cycle de planification qui va démarrer en 2027. Les femmes n’ont pas souvent l’occasion de parler quand elles sont dans des cercles avec les hommes. Souvent, elles ne se font pas entendre. Donc, pour nous il était important de créer un espace dédié, où les femmes, en toute confiance prennent la parole, qu’elles nous parlent de leurs difficultés, de leurs problèmes, qu’elles nous disent aussi comment elles apprécient les services qu’on essaye de leur apporter, et d’après elles, comment nous devrions bien orienter nos approches dans le but de répondre à leurs problèmes. Les chiffres le disent, en matière de VIH SIDA, le taux d’infection est deux fois plus important chez les femmes que chez les hommes. Et parmi les femmes, le tranche d’âge 10-25 ans fait partie des plus vulnérables. Cela n’est pas étrangé à la violence basée sur le genre auquel les femmes font face dans toutes les sociétés », précise Marie Pierre Raky Chaupin, Représentante résidente d’ONU Femmes Cameroun.
Une parole libérée pour un plaidoyer plus pertinent
Pendant plusieurs heures, les participantes venues de différentes régions du pays ont dressé un état des lieux sans complaisance de leur quotidien. Elles ont évoqué les difficultés d’accès à certains services, les stigmatisations persistantes, les inégalités économiques et la nécessité d’un accompagnement plus global favorisant leur autonomisation.
Les échanges ont permis d’identifier plusieurs axes prioritaires qui viendront alimenter les réflexions stratégiques d’ONU Femmes Cameroun pour les cinq prochaines années.
« C’est une opportunité longtemps attendue. Que les femmes positives, vivant dans des situations de précarité, décident de participer à cette session d’échanges est très significatif. Elles sont en effet satisfaites parce que leurs priorités ont été prises en compte. Dans les recommandations qui ont été énumérées, elles ont constaté que leurs préoccupations ne sont pas passées dans les oreilles de sourd et leur souhait est que ce type d’activité continue, afin d’avoir une plateforme d’expression. C’est l’occasion pour nous de faire un plaidoyer auprès des autres partenaires stratégiques et institutionnels. Cette rencontre a été assez bénéfique pour nous, parce que nous nous sentons libre de nous exprimer et nous espérons que les préoccupations seront portées aux plus hauts niveaux », témoigne Lucie Tsobgni Zambou, présidente du Conseil d’Administration du Réseau Camerounais de Personnes vivant avec le VIH (RECAP+).


Les agences des Nations Unies mobilisées
La rencontre a également bénéficié de la participation du Représentant résident d’ONUSIDA au Cameroun, Taoufil Bakkali, aux côtés d’experts des Nations Unies et de l’OMS. Leur présence témoigne de la volonté des partenaires internationaux de renforcer la synergie entre les politiques de santé publique, la promotion des droits des femmes et la lutte contre les discriminations.
L’objectif est clair : faire des témoignages recueillis un véritable levier de plaidoyer auprès des pouvoirs publics, des partenaires techniques et financiers, ainsi que des autres acteurs engagés dans la riposte au VIH.

Vers un plan quinquennal plus inclusif
En privilégiant une approche participative, ONU Femmes Cameroun réaffirme que les bénéficiaires doivent être associées à la conception des programmes qui leur sont destinés.
Les recommandations issues de cet atelier contribueront à enrichir le futur plan d’action quinquennal de l’organisation. Au-delà des consultations, l’enjeu est désormais de transformer les préoccupations exprimées en actions concrètes, capables d’améliorer durablement les conditions de vie des femmes vivant avec le VIH au Cameroun. Car écouter est une première étape, agir en conséquence demeure le véritable défi.
Judith Ndongo Ngoubè
