Le 19 Février 2026, Yaoundé n’a pas simplement accueilli une réunion technique. La capitale camerounaise a été le théâtre d’un moment stratégique pour l’avenir de l’architecture en Afrique. Autour de la même table : l’Union Internationale des Architectes (UIA), l’Union Africaine des Architectes (UAA), l’Ordre National des Architectes du Cameroun (ONAC) et l’Ecole Supérieure Spéciale d’Architecture du Cameroun (ESSACA). Une convergence institutionnelle rare, révélatrice d’un tournant
L’un des enjeux majeurs de cette séance stratégique : l’harmonisation des standards de formation et de régulation du métier d’architecte. Il ne s’agit pas seulement d’aligner des programmes académiques, mais de repositionner l’architecte africain dans un espace professionnel mondialisé.
L’Afrique ne peut plus rester en marge des grandes dynamiques normatives internationales. L’harmonisation devient alors un acte d’affirmation : garantir la qualité, assurer la mobilité professionnelle et renforcer la crédibilité des institutions de formation.
« Cette réunion nous permettait de nous retrouver autour d’un thème principal qui est la formation, et de voir véritablement comment on pourrait redynamiser cette formation professionnelle académique au Cameroun en particulier et en Afrique en général. Il faut déjà faire l’état des lieux de ce qui est. On a parlé de reconnaissance des diplômes, ainsi que de classification des établissements. Ce qui nous permet de trouver les tenants et les aboutissants de nos difficultés et de projeter l’avenir. Ce à quoi nous essayons de nous atteler », indique Francis SOSSAH, président de l’UAA.
Le défi n’est pas seulement académique, il est structurel. Comment former des architectes capables de répondre aux enjeux contemporains, à savoir l’urbanisation rapide, l’habitat durable, la résilience climatique, tout en respectant les normes internationales ?
L’implication de l’ESSACA et de l’ONAC traduit une volonté d’articuler étroitement formation académique et encadrement professionnel. La profession ne peut prospérer sans une chaîne cohérente allant de l’école à l’ordre.
« Nous avons parlé de la formation, également de l’exercice illégal de l’architecture, mais aussi du prochain congrès des architectes qui va se tenir à Barcelone. C’est important que le Cameroun soit au cœur de ce genre de rencontre. La première fois que l’Union des Architectes d’Afrique s’est réunie c’était en 1984 au Cameroun. Nous espérons reprendre la place de leader qui a toujours été la nôtre », précise Jean-Christophe Ndongo, président de l’ONAC.
Structurer le patrimoine pour construire l’avenir
Plus audacieuse encore est l’ambition de lancer officiellement la structuration et la valorisation du patrimoine architectural et culturel en Afrique.
Dans une région marquée par une urbanisation accélérée et parfois désordonnée, préserver l’identité bâtie est un impératif. Documenter, protéger et intégrer le patrimoine dans les politiques urbaines, c’est éviter que la modernité ne se construise au détriment de la mémoire collective. L’architecture n’est pas qu’un acte technique, elle est une écriture du temps.


Une visibilité continentale assumée
La présence du Vice-président de l’UIA, région 5, Vity Claude Nsalambi, confère à cette mission une portée internationale incontestable. Elle traduit la volonté d’assurer une visibilité continentale forte de la vision portée par les architectes d’Afrique centrale au sein des instances de l’UAA et de l’UIA.
Ce rendez-vous dépasse donc le cadre camerounais, il questionne la place de l’Afrique dans la gouvernance mondiale de l’architecture.
Une opportunité à ne pas diluer
Reste maintenant l’essentiel : transformer l’intention stratégique en actions concrètes. Les standards doivent être appliqués. Le patrimoine doit être inventorié. La coopération doit s’institutionnaliser.

Yaoundé a posé un jalon. A l’Afrique centrale de transformer cette dynamique en véritable politique architecturale régionale.
Bâtir des villes durables, inclusives et identitaires ne relève pas du symbole. C’est une responsabilité historique.
Judith Ndongo Ngoubè
