Santé publique en alerte : Pourquoi les MTN ont besoin d’une couverture médiatique forte

Le 4è Forum des médias africains se tient actuellement à Cotonou au Bénin, avec une ambition : repositionner les maladies tropicales négligées (MTN) comme une priorité politique, financière et de développement. A travers cette rencontre continentale dans un contexte de commémoration de la Journée mondiale des Maladies tropicales négligées, le Réseau des Médias Africains pour la Promotion de la Santé et de l’Environnement, élargie au Genre et aux Droits humains (Rémapsen), en partenariat avec Speak Up Africa, entendent outiller les journalistes africains afin qu’ils produisent une couverture médiatique visible, influente et orientée vers l’action, capable de valoriser les succès, de mettre en lumière les défis persistants et de stimuler des investissements concrets

Plus d’un milliard de personnes dans le monde sont exposées au risque d’au moins une maladie tropicale négligée, dont près de 40% en Afrique. Ces maladies souvent liées à la pauvreté, à l’accès limité à l’eau potable et au soins de santé, continuent de peser lourdement sur les communautés vulnérables.

« Les maladies tropicales négligées ne sont pas une fatalité. Elles persistent, non pas par faute de solutions, mais parce que les inégalités persistent. Aujourd’hui encore plus d’un milliard de personnes dans le monde vivent sous la menace des maladies, pourtant évitables, traitables et plus que jamais à portée d’élimination. En Afrique ces maladies continuent de frapper de manière disproportionnée, les communautés le splus pauvres, les plus isolées, les plus marginalisées, perpétuant des signes de pauvreté, de handicap et de stigmatisation », révèle Dr Koueme Jean Konan, Représentant de l’OMS au Bénin.

L’Afrique, leader mondial… Mais sous pression financière

Au cours des dernières années, l’Afrique s’est affirmée comme un leader mondial dans la lutte contre les MTN, avec des progrès notables dans l’élimination ou le contrôle de plusieurs maladies. Toutefois, depuis 2025, la dynamique est fragilisée. De nombreux bailleurs internationaux ont réduit ou restructuré leur soutien financier, faisant planer un risque réel de stagnation, voire de recul.

« Les maladies tropicales négligées demeurent étroitement liées à la pauvreté, aux conditions environnementales, à l’accès limité à l’eau. Elle constitue donc pour nos pays, à la fois un défi sanitaire, social et économique. Alors que nous célébrerons demain la journée mondiale de lutte contre les maladies tropicales négligées, ce forum se tient dans un contexte mondial complexe. Nos systèmes de santé sont sous pression, les financements internationaux sont sous contrainte, le changement climatique modifie la prolongation des maladies, les crises économiques et sécuritaires fragilisent les réponses sanitaires », souligne Françoise Sybille Assevedo, Directeur adjoint du cabinet du ministre de la santé du Bénin.

Pourquoi les médias sont un levier stratégique

Face à ce contexte préoccupant, le forum insiste sur le rôle central des médias. Une couverture médiatique faible ou sporadique contribue à maintenir les MTN dans l’ombre, loin des priorités politiques et budgétaires.

« Pour cette 4è édition, le Rémapsen veut mettre un plein accent sur cette responsabilité qui est la nôtre, face aux maladies tropicales, d’où le thème « De la négligence à la mise en lumière : faire avancer l’agenda africain pour l’élimination des maladies tropicales négligées ». Si ces maladies sont qualifiées de négligées c’est aussi parce qu’elles souffrent d’un déficit de visibilité médiatique, malgré leurs conséquences sanitaires, sociales et économiques. Les médias ne sont pas de simples observateurs, ils sont des acteurs du changement social, capables d’informer, de sensibiliser, d’influencer les comportements, d’interpeller les décideurs et de mobiliser les communautés », signale Youssouf Bamba, Président du Rémapsen, à l’ouverture des travaux.

Former les journalistes pour amplifier l’impact

Le 4è forum des médias africains se veut avant tout un espace de renforcement des capacités. Les journalistes sont formés durant deux à :

  • L’état des MTN en Afrique ;
  • L’équité, l’innovation et le sport au service des communautés pour l’élimination des MTN ;
  • Le rôle des médias africains dans le plaidoyer sanitaire et la mobilisation des ressources.

« Nous reviendrons non seulement sur les concepts clés, c’est-à-dire c’est quoi ces maladies, parce que beaucoup ne savent pas ce que c’est l’éléphantiasis par exemple. C’est des terminologies qui semblent compliquées à retenir. On verra comment déconstruire le langage, comment parler de ces maladies aux personnes qui vivent en zones reculées. On aura également l’occasion de parler d’une problématique majeure, celle du financement de ces maladies. Vu que c’est des maladies tropicales négligées, on n’a pas souvent le financement dont on a besoin pour arriver à leur élimination », précise Yaya Sophietou Diop, Directeur du Partenariat à Speak Up Africa.

Remettre les MTN au cœur de l’agenda africain

A Cotonou, un message fort se dégage : sans l’implication accrue des médias africains, les MTN risquent de rester marginalisées, malgré leur impact massif. En donnant la parole aux communautés, aux experts et aux décideurs, les journalistes peuvent contribuer à réinscrire ces maladies au cœur des priorités de développement.

Judith Ndongo Ngoubè

Publications similaires