Dans un contexte marqué par la progression inquiétante des Maladies Non Transmissibles (MNT) au Cameroun, l’étiquetage nutritionnel s’est imposé comme un levier majeur de prévention lors d’une rencontre scientifique organisée par la coordination nationale Cameroun du Réseau des Médias Africains pour la Promotion de la Santé, de l’Environnement, du Genre et des Droits humains (REMAPSEN Cameroun) et l’ong Reconciliation and Development Association (RADA), le 24 Janvier 2026 à Yaoundé
Les échanges se sont déroulés sur fond de chiffres alarmants. Selon l’analyse paysage RADA 2024, une personne sur quatre est obèse au Cameroun, traduisant une évolution inquiétante des habitudes alimentaires. Plus préoccupant encore, environ 60% des élèves âgés de 6 à 11 ans souffrent de caries dentaires, signe d’une consommation excessive de produits sucrés dès le plus jeune âge.
La consommation excessive de boissons sucrées en cause
Les données issues de l’étude RADA KAB 2024 révèlent qu’en moyenne, près de 50% des camerounais consomment plus de trois canettes de boissons sucrées par semaine.
En milieu urbain, la situation est encore plus critique : 60% des personnes vivant en zone urbaine consomment quotidiennement des produits ultra-transformés, selon la même étude.
Des comportements alimentaires qui exposent les populations à des risques accrus de diabète, d’hypertension, de maladies cardiovasculaires et d’obésité.
Quand l’alimentation malsaine devient le premier facteur de risque
Selon un rapport de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) publié en 2016, l’alimentation malsaine a dépassé le tabac, comme principal facteur de risque des maladies non transmissibles. A l’échelle mondiale, 7 décès sur 10 sont désormais dus aux MNT, souligne également l’OMS.
Au Cameroun, l’impact est tout aussi dramatique, car environ 74 000 personnes meurent chaque année des maladies non transmissibles, d’après un rapport de l’OMS de 2022.
L’étiquetage nutritionnel, un outil de prévention encore sous-exploité
Face à ce tableau préoccupant, les participants au premier rendez-vous du REMAPSEN, comptant pour l’année 2026 ont mis en avant l’étiquetage nutritionnel comme un outil clé pour inverser la tendance.
Un étiquetage clair, lisible et compréhensible permettrait aux consommateurs de :
- Mieux identifier la teneur en sucre, sel et graisses ;
- Comparer les produits ;
- Faire des choix alimentaires plus sains.
Pour RADA, informer le consommateur reste l’une des stratégies les plus efficaces et les moins coûteuses pour prévenir les MNT.
« RADA a engagé un plaidoyer depuis 2021. Nous menons des campagnes de sensibilisation sur nos plateformes digitales, mais la population a besoin d’être davantage sensibilisée. Les messages clés que nous venons de partager avec les hommes et femmes de médias seront sans doute relayés afin que les mentalités changent pour le bien-être de tous. Les actions doivent être également coordonnées avec les organisations de la société civile qui partagent la même vision d’une alimentation saine au Cameroun », relève Merveille Ngueubou, responsable de la Communication à RADA.

Les médias, acteurs clés du changement
A travers cette initiative conjointe, le REMAPSEN Cameroun et RADA entendent renforcer le rôle des médias dans la sensibilisation du public, le plaidoyer pour les politiques nutritionnelles plus strictes et la lutte contre la désinformation alimentaire.
Les journalistes présents ont été appelés à traiter ces questions avec rigueur scientifique, pédagogie et responsabilité sociale.
Au terme des échanges, un consensus s’est dégagé : sans action urgente et concertée, les maladies non transmissibles continueront de peser lourdement sur le système de santé et l’économie du Cameroun.
« L’alimentation saine est la clef de voûte contre les maladies non transmissibles. Les camerounais doivent avoir de bonnes habitudes alimentaires, éviter de manger trop sucré, trop salé, trop gras, surtout que ce sont ces facteurs qui contribuent à la survenue des maladies chroniques non transmissibles et qui représentent environ 43% des décès dans notre pays. C’est énorme. Le partenaire RADA nous a édifiés sur les problématiques des maladies non transmissibles, les moyens de prévention, surtout celle recommandée par l’OMS. Il y’a l’étiquetage nutritionnel, il y’a la taxation, également la sensibilisation des consommateurs sur les bonnes habitudes alimentaires. Il reste donc aux journalistes que nous sommes de jouer convenablement notre partition, en menant des actions sur le terrain. Une campagne médiatique sera menée dans les prochains jours, question d’interpeller les parties prenantes à jouer pleinement leur rôle », indique Prince Mpondo, Coordonnateur du REMAPSEN Cameroun.
L’étiquetage nutritionnel, combiné à l’éducation alimentaire et à des politiques publiques fortes, apparaît désormais comme une priorité de santé publique.
Judith Ndongo Ngoubè
