Dans un contexte où la gestion durable des forêts constitue un enjeu stratégique pour l’Afrique centrale, plusieurs acteurs majeurs expriment la nécessité urgente de renforcer la synergie autour de la transparence forestière. L’association des journalistes et communicateurs scientifiques du Cameroun (Scilife), le World Ressources Institute (WRI), ainsi que le Réseau des Chefs Traditionnels d’Afrique pour la gestion durable des forêts et de la biodiversité (RECTRAD), appellent à une collaboration plus étroite, fondée sur la complémentarité des expertises et des responsabilités
Réunis autour d’un objectif commun, ces acteurs soulignent que la transparence dans le secteur forestier ne peut être atteinte sans une mobilisation collective. En première ligne de l’information citoyenne, journalistes et communicateurs scientifiques jouent un rôle déterminant dans la sensibilisation, l’investigation et la diffusion des données fiables.
« Ce sont nos forêts qui sont en train de disparaître, c’est le Cameroun qui est en train de pâtir, ce sont nos communautés locales qui vivent dans la forêt qui sont en difficultés à cause de la mauvaise gestion de ces forêts. Il est important pour nous journalistes de faire des productions de fond grâce à toutes ces données et ces statistiques à notre disposition, issues des travaux de recherche des experts. Des productions qui pourront avoir un impact significatif, parce que l’objectif est d’arriver à une meilleure gestion par les décideurs, en faveur de la préservation de nos forêts, et des populations autochtones. », souligne Line Renée Batongue, présidente de Scilife.
Les organisations techniques et environnementales comme le WRI apportent, quant à elles, une expertise pointue en matière de gouvernance forestière, d’analyse des politiques publiques et de suivi indépendant.
« Il faut aider les journalistes et communicateurs à comprendre ce qui se cache derrière les phénomènes liés à l’exploitation illégale du bois de nos forêts, parce que devant les décideurs il y’a beaucoup de rhétorique. Quand vous allez dénoncer l’exploitation illégale, on va vous dire qu’il y’a une loi. Par la COMIFAC, les gouvernements ont décidé de mettre des postes de contrôle mixtes conjoints frontaliers. Sur papier, il y’en a entre le Cameroun et le Congo, mais sur le terrain, on ne voit ni camerounais, ni congolais, pourtant il existe une stratégie de contrôle sous régionale d’application immédiate, signée en 2028. Donc, il y’a problème », révèle Achille Djeagou, expert au WRI.

Le rôle des chefs traditionnels, garants des terres et détenteurs d’un pouvoir moral au sein des communautés, est tout aussi essentiel. Leur implication renforce la légitimité des initiatives, encourage l’appropriation locale et facilite la mise en œuvre des bonnes pratiques.
« Les chefs traditionnels sont les premières personnes qui doivent combattre l’exploitation illégale des forêts, car si les forêts venaient à disparaître, la tradition ne pourrait plus s’implémenter. On ne pourrait plus parler d’autorité traditionnelle, d’initiation, d’un transfert de connaissances ou de savoir traditionnel. Les chefs étant les gardiens de la tradition, il y’a des traditions qui contribuent à la conservation. Autant que des animaux, il y’a des arbres qui sont des totems. Il y’a donc lieu de développer une stratégie pour amener les décideurs à questionner le problème de manière adroite, sur la base des résultats des travaux des scientifiques », signale Majesté Bruno Mvondo, président du RECTRAD.
Cette convergence voix scientifiques environnementales et traditionnelle ouvre une voie prometteuse pour l’avenir du secteur forestier dans le Bassin du Congo. Une synergie nécessaire, urgente et porteuse d’espoir pour la préservation des ressources naturelles et des communautés qui en dépendent.
Judith Ndongo Ngoubè
