Face aux défis visibles du changement climatique, à la dégradation des sols et à la pression croissante sur les ressources naturelles, l’agroécologie s’impose progressivement comme une alternative durable pour l’agriculture au Cameroun. Ce modèle de production, fondé sur l’équilibre entre agriculture et écosystème, ouvre des perspectives économiques et environnementales prometteuses. Toutefois, sa mise en œuvre à grande échelle se heurte encore à plusieurs obstacles structurels, institutionnels et culturels
Au Cameroun, l’agriculture demeure l’un des piliers de l’économie et le principal moyen de subsistance pour des milliers de ménages ruraux. Cependant, l’utilisation intensive des intrants chimiques, la déforestation et l’épuisement des sols fragilisent durablement les systèmes de production.
« Le mal que nous avons et que nous ressentons est qu’à travers l’agriculture conventionnelle il y’a cette dépendance développée parce que les industries qui produisent les intrants, notamment les semences, ont tendance à créer une certaine dépendance, parce qu’il faut toujours recourir à eux pour recommencer l’exploitation », relève Raphaël Meigno Bokagne, Président Coordonnateur national du Cercle de Promotion, de Formation et d’Action pour le Développement Durable (CEPRAD).
Dans ce contexte, l’agroécologie apparaît comme une approche capable de concilier productivité agricole et préservation de l’environnement. Elle privilégie notamment la diversification des cultures, la valorisation des fertilisants naturels, la gestion durable des sols et l’intégration des savoirs locaux. Selon l’expert en agriculture durable,
« L’agroécologie est ce système qui met en valeur les savoirs locaux et les connaissances endogènes en matière de production alimentaire. L’avantage que ce système a, est qu’il utilise les ressources issues de l’environnement et des communautés pour pouvoir produire les intrants organiques et à préserver l’environnement en favorisant une séquestration accrue de carbone, qui est un gaz à effet de serre. C’est une pratique qui participe beaucoup à l’adaptation en matière climatique. Il permet aussi la durabilité des systèmes, à accroître la dignité des travailleurs. Aujourd’hui, avec le système agro écologique, le cercle est presque fermé sur lui-même. Il y’a la semence paysanne qui est utilisable, ainsi que des intrants organiques autour qui servent à produire les intrants sains, un avantage sur la santé », révèle le militant intégriste en agriculture durable.

Des opportunités économiques et sociales
Au-delà de ses bénéfices environnementaux, l’agroécologie représente également une opportunité de développement pour les communautés rurales. Elle favorise la résilience des exploitations agricoles face aux aléas climatiques et contribue à la sécurité alimentaire. De plus en plus d’organisations paysannes et d’ONG comme le CEPRAD encouragent les producteurs à adopter ces pratiques à travers des formations, des démonstrations de terrain et des projets pilotes.
« Nous travaillons à renforcer les capacités des femmes, des jeunes et des entrepreneurs du secteur. Le défi est de les outiller pour qu’ils soient autonomes et sans dépenser beaucoup d’argent. Nous essayons aussi de mettre en place des systèmes de collecte de données pour faire un plaidoyer auprès des autorités locales, centrales et décisionnelles, pour qu’elles adoptent au maximum les pratiques durables dans les politiques publiques », indique l’expert.
Dans un contexte de chômage des jeunes et de migration rurale, ce modèle agricole pourrait ainsi contribuer à revitaliser les territoires ruraux.
Des défis persistants à surmonter
Malgré ses nombreux atouts, l’agroécologie peine encore à s’imposer à grande échelle au Cameroun. Les producteurs font face à plusieurs contraintes, notamment l’accès limité à la formation, au financement et aux marchés spécialisés.
Par ailleurs, les politiques publiques restent encore insuffisamment orientés vers la promotion systématique de pratiques agricoles durables.
L’expert souligne également la nécessité d’un accompagnement institutionnel plus structuré.
« Notre rêve est que le Cameroun adopte définitivement le système agro écologique et le système biologique comme des systèmes à part entière dans les systèmes alimentaires au pays, et plus seulement nous imposer le système conventionnel qui a montré ses limites, qui aujourd’hui, sous d’autres cieux est rejeté. Le Cameroun a un gros potentiel, nous avons des ressources, la terre, la 2è biodiversité dans le monde, à savoir le Bassin du Congo, il serait hors de question que nous la perdions au détriment des techniques et des intrants importés. S’il y’a adoption en masse de l’agro écologie, cela va contribuer à impacter l’environnement, parce qu’actuellement on observe un développement du béton causé par l’urbanisation sauvage où on ne pense même pas aux espaces verts, or on en a besoin pour recycler les gaz que nocifs que nous produisons ».
A cela s’ajoute le défi du changement de mentalité, certains agriculteurs restent attachés aux méthodes conventionnelles perçues comme plus rapides ou plus rentables à court terme.

Vers une transition agricole durable
L’agroécologie représente aujourd’hui une piste crédible pour répondre aux enjeux environnementaux, alimentaires et économiques du Cameroun. Sa promotion nécessite toutefois une mobilisation concertée des pouvoirs publics, des organisations paysannes, des chercheurs et des partenaires au développement.
Pour les experts, l’avenir de l’agriculture camerounaise pourrait bien dépendre de cette transition vers des systèmes de production plus respectueux de l’environnement tels que l’agriculture biologique.
Judith Ndongo Ngoubè
